Littérature française
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Histoire de la littérature française
Au Moyen Âge
Article détaillé : Littérature française du Moyen Âge.
- Chanson de geste
- La Littérature courtoise
- Le Roman courtois
- La Littérature bourgeoise
- La poésie au Moyen Âge
Les premiers grands textes de la littérature française datent eux du milieu du Moyen Âge (XIe siècle), époque de développement de l'agriculture et d'expansion démographique après des périodes d'invasions, d'anarchie et d'épidémies.
Les chansons de geste sont de longs poèmes comportant des milliers de vers qui sont destinées à être chantées en public, geste signifiant ici exploits guerriers. Elles relatent, sous une forme épique mêlant légendes et faits historiques, des exploits guerriers passés, et mettent en valeur l'idéal chevaleresque. La plus ancienne et la plus connue est la Chanson de Roland qui a été écrite au XIe siècle ; elle raconte, en les idéalisant, les exploits de l'armée de Charlemagne.
La littérature courtoise, apparue au XIIe siècle, a pour thème principal le culte de l'amour unique, parfait et souvent malheureux. Elle trouve son origine dans l'Antiquité, intègre des influences orientales dues au retour des Croisés, et s'inspire de légendes celtiques. Ainsi, la légende de Tristan et Iseult raconte l'histoire d'un amour absolu et impossible qui se termine par la mort tragique des amants ; ces poèmes étaient chantés à la cour des princes par les trouvères et les troubadours. Chrétien de Troyes (1135 ?–1190 ?) est sans doute le premier romancier de la littérature française ; ses romans comme Yvain ou le Chevalier au lion, Lancelot ou le Chevalier de la charrette et Perceval ou le Conte du Graal sont typiques de ce genre littéraire. Le long poème Le Roman de la Rose, best-seller datant du début du XIIIe siècle est l'un des derniers écrits portant sur le thème de l'amour courtois, et cela seulement dans son court début écrit par Guillaume de Lorris. Le reste du poème, continué par Jean de Meung contient au contraire des passages (dont celui de La vieille) d'une étonnante misogynie, mêlée par ailleurs à des arguments articulés de critique sociale.
Vers la même époque, le Roman de Renart est un ensemble de poèmes qui relatent les aventures d'animaux doués de raison. Le renard, l'ours, le loup, le coq, le chat, etc. ont chacun un trait de caractère humain : malhonnête, naïf, rusé… Les auteurs anonymes raillent dans ces poèmes les valeurs féodales et la morale courtoise.
Le poète parisien du XIIIe siècle Rutebeuf se fait gravement l'écho de la faiblesse humaine, de l'incertitude et de la pauvreté à l'opposé des valeurs courtoises.
Les premières chroniques historiques écrites en français sont des récits des croisades datant du XIIe siècle. Certains de ces récits, comme ceux de Joinville retraçant la vie de saint Louis, ont aussi un but moral et idéalisent quelque peu les faits relatés. Ensuite la guerre de Cent Ans (1337–1453) est racontée par Jean Froissart (1337–1410 ?) dans deux livres appelés Chroniques. Eustache Deschamps, le poète, témoigne de la société et des mentalités pendant la guerre de Cent Ans.
Après la guerre de Cent Ans, le poète François Villon (1431–1463 ?) traduit le trouble et la violence de cette époque. Orphelin d'origine noble et bon étudiant, il est ensuite condamné pour vol et meurtre. Son œuvre à la fois savante et populaire exprime une révolte contre les injustices de son temps.
Le théâtre religieux se développe tout au long du Moyen Âge, il met en scène les Mystères, c'est-à-dire les fêtes religieuses comme Noël, Pâques et l'Ascension ; au contraire des genres littéraires précédents plutôt aristocratiques, il s'adresse au plus grand nombre. À côté de ce théâtre religieux, un théâtre comique appelé farce apparaît au XVe siècle où il est durement combattu par les autorités religieuses.
Au XVIe siècle
Article détaillé : Littérature française du XVIe siècle.
Les principes de l'humanisme vont marquer profondément la
littérature : retour aux textes anciens (grecs, latins et hébreux),
désir de connaissance, épicurisme indiscutable, renouvellement des
formes et des thèmes en se distinguant de la littérature médiévale.La poésie compte comme auteur important Clément Marot, Jean de Sponde, Agrippa d'Aubigné, et les poètes de la Pléiade parmi lesquels figurent Ronsard et Du Bellay.
Les romans les plus marquants sont ceux de Rabelais et de Marguerite de Navarre.
Les Essais de Montaigne sont un important ouvrage situé entre la philosophie et l'autobiographie. Les Essais sont d'ailleurs une des premières autobiographies françaises et ouvrent ainsi la porte à Rousseau et tant d'autres. Le projet même des Essais, à savoir se découvrir, mais aussi découvrir l'Homme, peut être rapproché de celui des Confessions de Jean-Jacques Rousseau qui cherche à peindre l'homme, avec ses qualités, mais aussi ses défauts.
Au XVIIe siècle
Article détaillé : Littérature française du XVIIe siècle.
Dès le début du XVIIe siècle, Honoré d’Urfé connaît un grand succès avec son roman précieux L'Astrée, roman d'aventures en partie autobiographique paru entre 1607 et 1633.
C'est l'un des plus considérables succès du siècle, qui n'aura pas de
postérité véritable dans le genre du roman pastoral, mais une influence
considérable sur le roman, le théâtre (Molière), l'opéra et les mentalités.Le XVIIe siècle compte deux grands courants littéraires tout à la fois concurrents mais aussi complémentaires : le classicisme et la littérature baroque. Concurrents car le classicisme en littérature s'imposera face au baroque mais aussi complémentaires car certains auteurs ont été influencés par les deux courants à la fois (comme Pierre Corneille). Mais dès la fin du siècle se dessine en littérature un courant de pensée qui annonce déjà les Lumières (avec La Bruyère par exemple).
Les grands noms de la littérature de cette époque sont : Corneille, Jean Racine, Molière, Pascal, La Rochefoucauld, La Fontaine, Nicolas Boileau, La Bruyère, Mme de La Fayette, Mme de Sévigné, Le Cardinal de Retz.
Au XVIIIe siècle
Article détaillé : Littérature française du XVIIIe siècle.
Le XVIIIe siècle est appelé « siècle des Lumières ». Par cette métaphore le siècle cherche à consacrer, à travers l'esprit de la Renaissance et le cartésianisme du siècle précédent, le triomphe de la Raison sur les Ténèbres (l'obscurantisme et les préjugés). Les Lumières sont un phénomène
européen, mais les philosophes français cristallisent le mieux les
idées du siècle et donnent du relief à des nouvelles valeurs qui,
au-delà de la Révolution française, marqueront durablement l'Europe et le monde. Les principaux philosophes francophones des Lumières sont Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Denis Diderot et Montesquieu.Au XIXe siècle
Article détaillé : Littérature française du XIXe siècle.
Si le XIXe siècle
est important par le nombre de chefs-d’œuvre que la littérature
française a engendrés, cette période littéraire, proche de nous, reste
encore difficile à appréhender. Pour de nombreux historiens de la
littérature, le XIXe siècle littéraire français demeure celui du romantisme, d'abord avec Chateaubriand, puis avec Victor Hugo, du réalisme avec Stendhal, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert et du naturalisme avec Émile Zola.Le romantisme et son foisonnement peuvent trouver partiellement leur cause dans certains points de vue[réf. nécessaire]. Certains mettent l’accent sur l’élan de liberté qu’a suscité la Révolution française, élan de liberté suivi d’un désordre, d’une confusion entraînée par l’instabilité, l’incertitude politique qui émane de la première moitié du siècle. Dans cette optique, on voit l’écrivain avec ses idéaux, manifestant son opposition à l’ordre politique et social. Pour d’autres, la place de la Révolution française et des troubles politiques qui s’ensuivront n’explique pas ou pas entièrement l’efflorescence du romantisme français, prenant pour preuve la naissance antérieure des romantismes anglais et allemand dans des pays qui ne furent pas secoués par la moindre révolution. Ils insistent plutôt sur l’influence qu’ont exercé l’étude et la lecture des littératures anglaise et allemande par les hommes de lettre français[réf. nécessaire].
Le réalisme est une étiquette plus vague, accolée postérieurement aux écrivains à partir des définitions de Champfleury, Stendhal et Balzac se situant entre le romantisme et le réalisme. Gustave Lanson dont l'Histoire de la littérature française (1894) a longtemps fait autorité, a consacré de très importantes pages à Balzac où il définit la part de réalisme de son œuvre et la part de romantisme « Ainsi, par ses impuissances et par sa puissance, Balzac opérait dans le roman la séparation du romantisme et du réalisme. Il reste cependant dans son œuvre quelque chose d'énorme, une surabondance et une outrance qui en trahissent l'origine romantique1. »
Le naturalisme, en revanche, procède d'une véritable démarche qu'Émile Zola a longuement explicitée.
Article détaillé : Naturalisme (littérature).
Au XXe siècle
Article détaillé : Littérature française du XXe siècle.
La littérature française du XXe siècle
a été profondément marquée par les crises historiques, politiques,
morales et artistiques. Le courant littéraire qui a caractérisé ce
siècle est le surréalisme, qui est surtout un renouveau de la poésie (André Breton, Robert Desnos, Paul Éluard...), mais aussi l'existentialisme (Gabriel Marcel, Jean-Paul Sartre), qui représente également une nouvelle philosophie (L'existentialisme est un humanisme
de Jean-Paul Sartre). La source première chez les artistes de ce siècle
est en rapport avec les conflits politiques de l'époque. La guerre est
ainsi présente aussi bien dans la poésie que dans les romans.Pour ce siècle, Marcel Proust apparaît comme le dernier grand auteur français. La seule comparaison est à chercher du côté de Louis-Ferdinand Céline, dans le rôle non négligeable qu'il a joué dans la remise en cause d'une narration trop policée et loin de la vie. Par une approche syntaxique au plus proche de la réalité de la rue, la création d'une novlangue mêlée à un argot fantaisiste, il s'est également illustré comme l'un des plus grands écrivains français de ce siècle et a marqué nombre d'écrivains, du père de San-Antonio en passant par les écrivains anglo-saxons (Burroughs, Miller, etc.).
En 1957, Albert Camus
reçoit le prix Nobel de littérature pour « l'ensemble d'une œuvre qui
met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des
hommes. »
Aujourd'hui on a cru pouvoir rapprocher un certain nombre d'écrivains autour de la notion d'autofiction créée par Serge Doubrovsky. Pour autant, il est parfois difficile de rassembler sous une même étiquette une palette d'écrivains aux sensibilités, aux démarches artistiques et aux univers parfois antagonistes. Cette définition est aussi un argument mis en avant par les détracteurs d'une littérature trop nombriliste, germanopratine et qui, d'un point de vue strictement commercial, semble trouver peu d'échos à l'étranger.
Dans la continuité des romans de terroir du XIXe siècle, dont l'une des représentante fut George Sand, la littérature de terroir française a continué de s'illustrer avec des auteurs comme Pierre-Jakez Hélias (Le Cheval d'orgueil) et Henri Vincenot dans la seconde moitié du XXe siècle. Ce genre continue de se développer avec des auteurs comme Jean Anglade ou Jean-Paul Malaval.
Les mouvements littéraires les plus importants ont été:
- Le surréalisme (Gaston Leroux, Paul Éluard, André Breton, Robert Desnos)
- L'existentialisme (Gabriel Marcel, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Maurice Merleau-Ponty )
- Le Nouveau Roman (Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute)
- Le théâtre de l'absurde (Antonin Artaud, Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Albert Camus, Arthur Adamov)
Littérature francophone
Articles connexes : Liste d'écrivains de langue française par ordre chronologique, Écrivains de langue française, par ordre alphabétique et Catégorie:Littérature francophone.
La littérature écrite en langue française se retrouve dans de nombreux pays sur plusieurs continents.Bibliographie
- André Lagarde et Laurent Michard, Lagarde et Michard
Réédition de 2003 en 4 volumes. Il a longtemps été un grand classique initialement destiné aux élèves du secondaire, il insiste sur les biographies des principaux auteurs et sur l'étude de nombreux extraits.
- Michel Prigent (dir.), Histoire de la France littéraire, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2006, 2678 p.
En trois volumes. Un ouvrage universitaire et collectif récent s'adressant à un public plus averti.
- Anne Armand, Marc Baconnet, Patrick Laudet et Isabelle Mimouni, Les plus belles pages de la littérature française, lectures et interprétations, Gallimard, 2007
Commentaires des textes et éclairage par la manière dont ils sont traduits dans les langues étrangères.
Notes et références
Catégories :
- Littérature française
- Littérature européenne
-
Philosophie
La philosophie est le nom donné, à la fois, au domaine d'activité de la pensée qui s'assigne pour fin une réflexion sur les êtres, les causes et les valeurs envisagées au niveau le plus général1, à l'ensemble des recherches et réflexions menées dans ce domaine, ainsi qu'aux discours historiquement issus de cette activité. Si l'action de philosopher se définit en soi par sa fonction de production de sens, diverses tentatives de classification ont néanmoins cherché à l'identifier par analogie, la ramenant diversement à une activité de type scientifique, à une activité de création littéraire, voire à une activité de nature spirituelle ou mystique.
De nos jours, la philosophie est souvent présentée comme une science, définition qui rend toutefois sa caractérisation difficile et son intérêt obscur par l'absence d'une méthode et d'un objet d'étude déterminés. Certaines universités rangent son enseignement dans celui des disciplines scientifiques (c'est notamment le cas des laboratoires de philosophie analytique) et d'autres dans celui des disciplines littéraires (plusieurs chaires de philosophie dans le monde sont à ce titre des chaires de littérature comparée).
Dans Qu'est-ce que la philosophie ?, Gilles Deleuze explique qu'un concept (« substance d'Aristote, cogito de Descartes, monade de Leibniz, etc. »2) n'est pas une affaire de vérité ou de fausseté, encore moins une affaire de plaisir ou de peine, mais une affaire de sens, et qu'un philosophe est caractérisé par son activité de conceptualisation. Aussi cette production de sens se distingue-t-elle tant de l'activité scientifique (dont la fonction est de produire des données pour la prévision et la maîtrise technique) que de l'activité artistique (dont la fonction est de produire des émotions).
Certains distinguent au sein d'un système philosophique l'éthique, la théorie de la connaissance et l'esthétique, bien que ces découpages s'avèrent artificiels dès qu'il s'agit, par exemple, d'isoler chez un philosophe donné sa pensée éthique de sa théorie de la connaissance. D'autres partagent la philosophie d'après les objets auxquels elle est appliquée : philosophie du droit, philosophie de l'esprit, philosophie de l'art, philosophie du langage, philosophie de la religion, philosophie des sciences, etc.
Étymologie
Étymologiquement, « philosophia » n’est pas une construction moderne à partir du grec3, mais bien un mot de la langue grecque elle-même, depuis l'Antiquité. Les termes φιλόσοφος (philosophos) et φιλοσοφεῖν (philosophein) apparaissent en quelques occurrences chez les penseurs présocratiques4 Héraclite, Antiphon, Gorgias et Pythagore, mais aussi chez d'autres penseurs contemporains de Socrate, comme Thucydide ou Hérodote. D'après un écho d’Héraclide du Pont, Pythagore serait d'ailleurs le premier penseur grec à s’être qualifié lui-même de « philosophe5 ». Toutefois, c'est la pratique qu'en fait Socrate, dans les dialogues de Platon (où l'on trouve un usage abondant du mot), qui fixera le type de recherche et de questionnement en quoi consiste encore aujourd'hui la philosophie6.
Le terme est composé des mots « amour » (philos) et « sagesse, savoir » (sophía), la « philosophie » signifiant ainsi : « amour de la sagesse » ou « amour du savoir ». La philosophie est à plusieurs reprises définie par Platon comme étant en opposition avec les désirs « humains » : philo-hèdonos (amour du plaisir), philo-sómatos (amour du corps), ou philo-nikos (amour de la victoire). Pour lui, elle s'exerce plutôt dans la partie « plus qu'humaine » des êtres humains, c'est-à-dire dans une pratique purement intellectuelle, et elle est synonyme de φιλομαθια (philomathia) : « amour de la connaissance7 ». Par ailleurs, elle est une tension vers un savoir ou une sagesse que l'on ne possède pas, et en ce sens elle relève d'un désir permanent : ainsi, Socrate, lors de son procès rapporté dans l'Apologie de Socrate, affirme être « ami de la sagesse », et non pas « sage8 ». C'est ce qui l'amène à trouver dans sa condamnation à mort une chance ultime de séparation de son corps (proprement humain) et de son âme (proprement intellectuelle), cette âme pouvant alors peut-être contempler le savoir après la mort (voir Phédon).
« Désir de connaître et amour du savoir, ou philosophie, c'est bien une même chose ? »
— Platon, La République, II, 376bDéfinir la philosophie occidentale
Article détaillé : Définition de la philosophie.La philosophie contemporaine occidentale, issue d'une tradition multiple, se présente sous des formes variées : tradition herméneutique et postkantienne en Allemagne, philosophie analytique dans les pays anglophones et dans une grande partie de l'Europe, tradition phénoménologique en Europe continentale9. Certains remettent fortement en cause la tradition philosophique et ses présupposés telle la philosophie féministe, la déconstruction de Derrida ou de Heidegger. Ces courants forment autant de pratiques différentes et d'opinions divergentes sur la nature de la philosophie, qui interdisent de donner une définition unique acceptable par tous. S'il y a aujourd'hui plusieurs traditions philosophiques, aucune ne peut prétendre résumer l'activité philosophique à elle seule, ni décrire l'activité philosophique de façon consensuelle.Paul Gauguin, D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? (1897/98).
Les difficultés à définir la philosophie sont en outre de nature épistémologique, car il est difficile de délimiter rigoureusement méthodes, thèmes et objets de la philosophie. Historiquement, elle a pu en effet s'inspirer d'autres disciplines (des mathématiques, voire des sciences positives). Pourtant, elle n'a jamais réussi à développer une méthode ou un ensemble de méthodes qui auraient réussi à s'imposer parmi les philosophes (comme la méthode expérimentale s'est imposée en physique et en chimie par exemple). En outre les amalgames entre la philosophie et d'autres disciplines sont de plus favorisés par une tradition de philosophes aux intérêts très divers. Ainsi Aristote aura été aussi bien logicien, que philosophe ou naturaliste. Déterminer le philosophe par sa fonction sociale n'est donc pas aisé. La plupart des activités autrefois appartenant à la discipline sont devenues aujourd'hui autonomes (psychologie, sciences naturelles, etc.), et la part propre de la philosophie s'est réduite.
Mais il est également délicat de déterminer l'essence de la philosophie occidentale, soit parce que son statut dans la société est lui-même difficile à cerner, soit qu'elle a été ramenée à d'autres disciplines apparemment proches. Dès l'Antiquité, par exemple, Socrate était confondu dans Les Nuées d'Aristophane avec les sophistes, que Platon nous présente pourtant comme ses adversaires dans ses dialogues.
Les méthodes de la philosophie occidentale
On peut dans une première approche, délimiter ex negativo un certain nombre de méthodes et de principes heuristiques qui caractérisent au moins en partie la philosophie.
Délimitations négatives de la méthode
D'une part la philosophie ne recourt pas à la méthode expérimentale. La philosophie, en effet, à la différence de la physique, de la chimie ou de la biologie, n'a jamais vraiment intégré le processus d’expérimentation dans son outillage heuristique. Ceci est évident pour la philosophie antique et médiévale qui ne connaissait pas l'expérimentation. Même les grands philosophes qui se sont illustrés comme scientifiques (Descartes, Pascal, Leibniz pour ne citer qu'eux) ont toujours distingué leur travail dans le domaine scientifique et dans le domaine philosophique. Certains philosophes comme Kant ou Wittgenstein10 ont même vu dans l’absence d’expérimentation en philosophie une caractéristique épistémologique essentielle de cette discipline et ont refusé toute confusion avec les sciences expérimentales11.
D’autre part la philosophie n'est pas, par essence, une science reposant sur l'observation empirique à la différence de la sociologie ou des sciences politiques par exemple. Il ne faut naturellement pas croire que la philosophie peut ignorer les données empiriques les plus évidentes. Mais traditionnellement la philosophie ne veut pas se limiter à un simple catalogue de faits et entreprend pour cela un vrai travail de théorisation voire de spéculation. Ainsi, par exemple, même si Aristote a recueilli les constitutions des cités grecques de l'époque, il a voulu dans La Politique et dans l’Éthique à Nicomaque analyser les structures de la cité d'un point de vue théorique.
Enfin, la philosophie, à la différence des mathématiques ou de la logique formelle, ne s’est jamais décidée à travailler uniquement au moyen de symboles formels, bien que Leibniz ait pu rêver résoudre les problèmes philosophiques au moyen d’un calcul logique universel12. Et si la philosophie analytique contemporaine est impensable sans la logique mathématique, elle utilise encore massivement le langage naturel.
Caractéristiques de la méthode de la philosophie
Malgré les difficultés que comporte cette entreprise, il est possible de distinguer certaines grandes caractéristiques positives de la méthode philosophique. La philosophie se comprend comme un travail critique. C'est une de ses définitions les plus courantes. Cette critique n’est cependant jamais purement et simplement négative. Elle a pour but de créer de nouvelles certitudes et de corriger les fausses évidences, les illusions et erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même. Socrate, par exemple, interrogeait ses contemporains et les Sophistes afin de leur montrer leurs contradictions et leur incapacité à justifier ce qui leur semblait évident13. Descartes14 est à l'époque moderne le meilleur représentant de cette conception de la philosophie, car, selon lui, seul un doute radical et général pouvait être le fondement d'une pensée parfaitement rigoureuse et indubitable.Le philosophe par Rembrandt.
La philosophie est souvent caractérisée comme un travail sur les concepts et notions, un travail de création de concepts permettant de comprendre le réel, de distinguer les objets les uns des autres et de les analyser, mais aussi un travail d'analyse des concepts et de leurs ambiguïtés15. Elle a très tôt16 reconnu les problèmes que posent les ambiguïtés du langage. De nos jours la philosophie analytique donne elle aussi une grande place à ce problème.
En outre, à la différence des sciences, la délimitation des méthodes et du domaine de la philosophie fait partie de la philosophie elle-même. Chaque penseur se doit d'indiquer quels problèmes il souhaite éclairer, et quelle sera la méthode la plus adaptée pour résoudre ces problèmes. Il faut en effet bien voir qu'il y a une unité profonde des problèmes philosophiques et de la méthode philosophique. Il ne faut donc pas voir l'instabilité des méthodes et des thèmes philosophiques comme une faiblesse de la discipline, mais plutôt comme un trait caractéristique de sa nature. Ainsi, la philosophie est une sorte de retour critique du savoir sur lui-même, ou plus précisément une critique rationnelle de tous les savoirs (opinions, croyances, art, réflexions scientifiques, etc.), y compris philosophiques - puisque réfléchir sur le rôle de la philosophie c'est entamer une réflexion philosophique17.
Enfin, la philosophie est une discipline déductive et rationnelle. Elle n'est pas simple intuition ou impression subjective, mais demeure inséparable de la volonté de démontrer par des arguments et déductions ce qu’elle avance : elle est volonté de rationalité. C'est même la rupture des présocratiques avec la pensée religieuse (mythologie) de leur époque, et leur rapport aux dieux grecs qui est considérée traditionnellement comme le point marquant de la naissance de la philosophie. Ce souci de démontrer et de livrer une argumentation se retrouve au cours de toute l'histoire de la philosophie. Qu'on songe aux discussions éristiques durant l'Antiquité, à l'intérêt que portent les philosophes à la logique depuis Aristote, mais aussi, au Moyen Âge, au souci de donner à la philosophie la rigueur démonstrative des mathématiques (comme chez Descartes ou Spinoza) ou à l'importance qu'accorde la philosophie analytique de nos jours à la rigueur et à la clarté argumentatives. Malgré cette tendance profonde, la philosophie contemporaine a vu se développer une critique radicale de la raison, que ce soit chez Nietzsche, Heidegger, ou encore Adorno : la rationalité même s'est donc trouvée mise en débat par la philosophie18.
La méthode est un ensemble de prescriptions relatives au déroulement optimal d'une activité. Cette dernière peut être soit une pratique collective assez complexe, comme la gestion de la communauté politique (« méthode démocratique »), soit la résolution d'un problème théorique spécifique (« méthode diagonale de Cantor », « méthode des tables sémantiques »). Le concept de méthode est historiquement lié au problème de l'acquisition de la certitude dans le champ cognitif. Pour Socrate, l'activité qui vise la connaissance est, comme tout autre art obligée de se conformer à certaines règles. Dans les dialogues platoniciens, Socrate semble pleinement conscient du rapport qui existe entre la validité d'une connaissance et la modalité de son acquisition : c'est d'ailleurs là l'essence de toute position qui reconnaît à la méthode une importance prédominante. La maïeutique de Socrate ainsi que la méthode dialectique dans les diverses présentations qu'on peut en donner à partir des dialogues platoniciens sont des procédures visant à éviter l'erreur dans l'analyse des concepts, et tout particulièrement la forme d'erreur qui réside dans l'acceptation tacite ou inconsciente des préjugés et des présupposés.
La philosophie occidentale comme mode de vie
La philosophie s’est comprise très tôt comme une manière de vivre et non pas uniquement comme une réflexion théorique. Dit autrement : être philosophe, c’est aussi vivre et agir d’une certaine façon et non pas seulement se confronter à des questions abstraites19. L’étymologie du terme « philosophie » indique bien que le philosophe est celui qui tend vers la sagesse, qui cherche à vivre comme il faut et plus particulièrement qui recherche le bonheur. La philosophie entendue comme mode de vie met l'accent sur la mise en application dans sa propre vie des résultats de la réflexion philosophique. L’idée que la philosophie est une manière de vivre a aussi pu amener certains philosophes à imaginer que, pour cette raison, ils devaient guider les autres et les aider à mener correctement leurs existences. La philosophie, d’éthique personnelle, pouvait se faire projet collectif voire politique. Ces ambitions « collectives » de la philosophie prennent différentes formes. Une véritable communauté de vie pouvait se constituer autour d'un philosophe. Ceci explique en partie la naissance dans l’Antiquité d’écoles philosophiques (autour d’Épicure, de Platon ou d’Aristote par exemple). Depuis les présocratiques et surtout à partir de Socrate, toute une tradition a défendu cette conception de la philosophie comme un mode de vie. Citons entre autres les Stoïciens20, Platon, Aristote, Épicure, Descartes21, Spinoza22, Sartre ou Russell. Mais ces derniers sont loin d’exclure l’idée que le philosophe s’intéresse à des problèmes théoriques. La « sagesse », ou plus exactement la sophia, que veut posséder le philosophe est aussi un savoir et une connaissance. Le philosophe, dans la lignée de la tradition fondée par Socrate, sait comment il doit vivre ; il peut justifier ses choix et son mode de vie. Socrate par exemple, dans les dialogues présocratiques de Platon, exige de ses interlocuteurs qu’ils soient à même de donner le logos de leur jugement de valeur et de leur choix, c’est-à-dire de les justifier rationnellement. Cette exigence de rationalité peut même amener à donner des fondements authentiquement scientifiques à la philosophie. Bien sûr la définition de la philosophie en tant que modus vivendi (mode de vie) ne peut prétendre être suffisante pour définir la philosophie dans son ensemble. Bien des philosophes ont compris la philosophie comme un travail intellectuel et non comme un mode de vie : c'est le cas de manière claire dans le monde universitaire et de la recherche de nos jours. Il en va tout autrement, en Inde notamment. Le point de vue occidental ne peut s'appliquer aux concepts philosophiques en vigueur dans cette partie du monde, bien qu'il y eût tentative d'assimilation à l'époque romaine, en particulier avec Plotin. L'on sait que lors des conquêtes d'Alexandre le Grand (vers -325), les Grecs furent frappés par l'ascétisme hindou et le dénuement qui en résultait23. D'où leur appellation, fausse, de « gymnosophistes » (de gumno, « nu »). Ces ascètes pratiquaient les préceptes des Upanishads. À cette confrontation d'idées philosophiques intervient l'ethnophilosophie.Jean-Léon Gérôme, Diogène, 1860. Portrait romantique qui représente aussi le chien (en grec « κύων ») qui a donné son nom au cynisme.
Philosophie occidentale et société
Au fil du temps les rapports entre la société et les philosophes ont pu varier énormément mais de manière générale on peut déterminer trois types de rapports. D’une part les rapports entre la société et les philosophes sont parfois caractérisés par une violente attitude de rejet, car il est courant que la philosophie se démarque. Méfiante vis-à-vis des traditions, critique envers toute forme de préjugés, la philosophie n'a pas manqué de connaître des heurts plus ou moins durs avec la société. Quelques dates symboliques sont à retenir :
- en 432 avant J.-C. : Anaxagore est chassé d'Athènes sous le coup d'une accusation d'athéisme ;
- en 399 avant J.-C. : Socrate est condamné à mort sous les chefs d'accusation de corruption des mœurs de la jeunesse et d'impiété ;
- En 529 après J.-C., l'empereur chrétien Justinien fait interdire l'enseignement de la philosophie (païenne) à Athènes. C'est à cette date que les philosophes grecs vont se réfugier en Syrie et au Liban, où certaines œuvres philosophiques seront traduites en arabe par des traducteurs travaillant pour les premiers califes Abbassides24.
- les années 1188-1189 : le sultan Abû Yûsuf Yaqûb Al-Mansûr fait interdire la philosophie, les études et les livres au Maroc et en Espagne. Averroès et son œuvre sont visés ;
- le 17 février 1600 : Giordano Bruno est supplicié sur le bûcher pour son rejet de la transsubstantiation, de la trinité, son blasphème contre le Christ, sa négation de la virginité de Marie ;
- le 7 février 1752 : En France, l'Encyclopédie de Diderot est censurée, car elle mettait en cause les fondements idéologiques de la société de l'époque ;
- le 16 mai 1849 : Karl Marx est expulsé de Cologne après la Révolution allemande de 1848 pour articles séditieux.
Enfin, la philosophie peut considérer qu'elle doit développer théoriquement un projet politique que soit les philosophes (comme chez Platon), soit le chef d'un État (selon Machiavel26), soit les masses elles-mêmes (Marx27) devraient mettre en place. L’exemple le plus classique des ambitions politiques de la philosophie reste naturellement Platon et sa célèbre République, dans laquelle il esquisse une véritable utopie politique rompant radicalement avec les modes traditionnels de pensée et d'action. Dans un autre contexte, Russell et Sartre tenaient la philosophie pour inséparable de l'engagement politique28.
Philosophie et histoire de la philosophie occidentale
Si la philosophie a une longue histoire, il convient de distinguer la pratique de la philosophie de l'étude simple des doctrines passées. Parfois atténuée, voire effacée, cette distinction est pourtant cruciale. Nombre de penseurs en appellent aux philosophies antérieures pour les appuyer, s'en inspirer, ou encore les critiquer : il y a là un appel à l'histoire et à un fond culturel commun, mais ça ne fait pas de la philosophie une discipline historique. La pratique philosophique n'étant pas uniquement une glose sur la philosophie des époques précédentes, il faut la distinguer de l'histoire de la philosophie.
L’histoire de la philosophie consiste à tenter de reconstruire, de comprendre, d’interpréter, voire de critiquer, les positions et thèses de penseurs comme Platon, Thomas d’Aquin, Hegel, etc. Il s'agit moins d'évaluer la pertinence philosophique ou l'intérêt actuel de ces philosophes que de savoir ce qu'ils ont vraiment dit, et de restituer leurs pensées dans leurs contextes d'apparition. Ce travail d'étude porte également sur des courants philosophiques (le scepticisme antique, le néokantisme), ou des questions débattues au cours de l’histoire (le dualisme de l’âme et du corps, la querelle des universaux) appartiennent elles aussi à l’histoire de la philosophie.
La philosophie, prise comme activité, a pour but d’étudier et de répondre à des questions relevant d’un problème, d’un domaine ou branche de la philosophie. Il va sans dire que cette pratique amène constamment à se référer aux philosophes antérieurs, mais le rapport à l'histoire est ici différent de celui qu'aurait l'historien de la philosophie. Dans un tel cas, le philosophe ne vise pas à savoir ce qu'untel a pensé, il cherche à réintégrer cette pensée dans son argumentation personnelle, il instrumentalise les philosophies précédentes pour justifier sa pensée et faire apparaître son point de vue propre. L'essence de cette pratique est de répondre à des problèmes, à des questions, en utilisant si besoin l'histoire de la philosophie. Nous nous tournerons d’abord vers cette approche de la philosophie avant de livrer un exposé de l’histoire de la philosophie.
Les branches de la philosophie occidentale
La philosophie est loin d’être un domaine de connaissances bien délimité au sens où les problèmes auxquels elle se confronte sont d’une extrême variété. Elle étudie de nombreux objets, certains proches, c'est pourquoi sa subdivision en différentes branches est problématique et relève de l'arbitraire. De plus, si des pans entiers de la philosophie sont apparus au XXe siècle, certains domaines se sont détachés très nettement de la philosophie à l'époque moderne. La physique, par exemple, était considérée comme appartenant à la philosophie jusqu’au XVIIIe siècle. Mais le détachement n'est pas toujours aussi net ; ainsi la science politique, considérée comme une ancienne branche de la philosophie devenue autonome, entretient un dialogue permanent avec la philosophie politique (qui n'est donc pas morte). De même, la biologie, qui a longtemps été entravée par son appartenance à la philosophie avec les thèses finalistes, mécanistes, et vitalistes, revient par une porte dérobée. En effet, à l'aube du XXIe siècle le développement des biotechnologies a pour corolaire l'apparition d'un nouveau champ d'étude philosophique : la bioéthique.
Malgré ces difficultés, les branches suivantes se distinguent aujourd'hui car chacune a un objet propre bien délimité qu'elle soumet à des questionnements spécifiques (et notamment ceux indiqués ici) :
- la métaphysique et ses diverses branches (« Y a-t-il des réalités immatérielles ? », « Dieu existe-il ? », « L'âme est-elle immortelle ? Incorporelle ? ») ;
- l'ontologie, rattachée ou non à la métaphysique selon les interprètes (« Qu'est-ce que l'être ? », « Pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que rien ? ») ;
- la philosophie de la religion, partiellement rattachée à la métaphysique puisqu'elle tente de définir le divin et pose la question de l'existence de Dieu, qu'elle double d'une interrogation sur la nature du sacré en général ;
- la morale ou l'éthique : discipline pratique et normative permettant de définir la meilleure conduite pour chaque situation: (« Quelle est la fin des actions humaines ? », « Le bien et le mal sont-ils des valeurs universelles permettant de définir cette fin ? ») ;
- la philosophie politique (« D'où peut provenir la légitimité du pouvoir ? », « Quel est le meilleur régime politique ? » « La morale peut-elle et doit-elle guider l'action politique ? ») ;
- la philosophie du droit (« Quelles sont les relations entre Droit et Justice ? », « Comment naissent les normes judiciaires ? », « Selon quels critères faut-il les juger ? ») ;
- la gnoséologie ou théorie de la connaissance (« D'où provient la connaissance ? », « Qu'est-ce que la vérité ? ») ;
- l'esthétique (« Qu'est-ce que le beau ? », « Qu'est-ce que l'art ? »)
- la philosophie de l'esprit (« Quelles sont les relations entre corps et esprit ? », « Comment fonctionne la cognition ? ») ;
- la philosophie de la logique ;
- la philosophie de l'action (« La Liberté est-elle illusoire ? ») ;
- la philosophie de l'histoire (« L'histoire est-elle régie par des lois, une nécessité, ou est-elle le fruit absurde de la contingence ? ») ;
- la philosophie du langage (« Quelle est l'origine du langage ? », « En quoi le langage se distingue-t-il d'autres systèmes de communications ? », « Quelles relations entretiennent langage et pensée ? ») ;
- l'épistémologie qui est littéralement un discours sur la connaissance (ou encore sur la science dans une acception restreinte assez courante) et rejoint dans ce sens la gnoséologie ou théorie de la connaissance, tout en se référant également à la méthodologie et aux philosophies du langage et de l'action.
La plupart des grandes pensées philosophiques débordent de leur domaine originel, et tentent d'apporter des réponses à plusieurs problèmes philosophiques. Le statut de la philosophie dans l'ensemble des activités n'est pas bien défini et reste un sujet de controverse. L'examen serein de cette controverse permettrait de mieux évaluer la contribution réelle de la philosophie aux connaissances. Dans la philosophie grecque l'importance de la discussion chez Platon pour la vérification d'une idée est notoire, mais les écrits platoniciens sont historiquement avantagés face à ceux des sophistes qui n'ont pas été aussi bien conservés dans le temps. Resituer le platonisme dans le contexte historique de son opposition aux sophistes aide à mieux en évaluer sa portée et rendre compte du débat actuel entre les idéologues et les politiciens. L'un des reproches faits par les sophistes aux philosophes est celui d’Isocrate selon lequel « mieux vaut apporter sur des sujets utiles une opinion raisonnable […] que sur des futilités des connaissances exactes ». Il y a là le thème d'un reproche assez vif fait à la philosophie par les autres, qui consiste à dire que la philosophie est un dialogue qui fabrique ses propres critères de vérité, sans rapport avec la réalité et qu'elle est un exercice de style composé parfois de phrases entières littéralement illisibles ou bien de propos désincarnés. L'auteur cherche parfois à rendre, par des consonances, une impression de vérité, comme lorsqu'on adhère d'autant mieux aux dictons populaires que leur rimes sonnent juste.Cet article provoque une controverse de neutralité (voir la discussion).Considérez-le avec précaution. (Questions courantes)
Les philosophes pourront toujours essayer de disqualifier les sophistes en s'attribuant un degré supérieur de connaissance ou en déclarant parler d'un point de vue éthique mais c'est justement ce promontoire que leurs contradicteurs veulent remettre en cause. Si la philosophie se prévaut d'une position éthique, elle se confond avec une entreprise religieuse plus ou moins laïque et elle revient à être une espèce de médecine de l'âme essayant de consoler chacun des duretés de la condition humaine. Si elle se présente comme une connaissance systématique parvenue à un point de vue absolu sur les choses, elle ne peut présenter ce résultat comme une connaissance réelle, ne serait-ce que parce que dans la réalité un point de vue est nécessairement relatif à moins d'imaginer un dieu anthropomorphe doté d'un regard absolu.
Mais le problème principal semble-t-il de la philosophie est qu'elle provient historiquement de la religion comme superstition[réf. nécessaire]. Cette origine l'affecte comme une maladie infantile, comme si la philosophie dissertant principalement sur les choses sacrées et sur ce qui mérite d être vécu ressentait en permanence le besoin de s'exprimer de façon codée pour essayer de démontrer le caractère liturgique de son héritage et finalement de son statut. Cette origine et cette prétention donnent parfois un style élitiste aux leçons philosophiques. L’utilisation prédominante du latin, dont la sonorité évoque l'autorité d'un empire, dont les productions sont encore présentes dans la science juridique, fait partie de ce codage implicite[réf. nécessaire].
Cela est dommageable pour les lecteurs qui ne demandent pas mieux que de s'instruire mais renoncent parfois à lire des textes qui pour conserver ce caractère élitiste sont exprimés dans une langue imaginaire et peuvent faire douter une personne sensée de sa faculté normale de compréhension. Le reproche majeur qui peut être fait à cette façon de philosopher est donc que la philosophie se perd parfois dans une hésitation entre la poésie et la science. Et en évitant soigneusement une définition de son statut, elle s'autorise à créer des licences qui ne sont habituellement admises que dans l'art poétique. Ceci abouti à cultiver l'illusion d'un discours qui peut sembler d'autant plus profond qu'il est obscur et produit finalement un désintérêt pour la culture.
Paul Valéry avait bien expliqué qu'on ne peut pas mélanger poésie et philosophie pas plus qu'on ne peut jouer aux dames avec les règles du jeu d'échec. Il semble que depuis le romantisme allemand cette tradition se soit accentuée en Europe continentale de cultiver un langage qui modifie, au nom d'on ne sait quelle autorité, les règles syntaxiques et lexicales et il semble que des philosophes de renom ne se soient pas privés de contourner les règles communes du langage ou d'importer des mots de langues étrangères pour parler des points problématiques de leur doctrine qu'il aurait été très utile au contraire de rendre plus clairs.
Selon certains[Qui ?] Kant, avant même la période romantique, n'a pas cédé à cette facilité en utilisant très souvent la locution latine a priori, sans la définir clairement et sans que l’on puisse bien voir si elle désigne une antériorité chronologique de penser qu'il peut y avoir un temps avant l'expérience, ou bien une antériorité logique mais dont il ne rend compte qu'avec la partie morale ou bien simplement une antériorité morale. Cela amène à s’interroger sur la signification d’une antériorité morale : comment la supposition d'une transcendance morale pourrait fonder une transcendance théorique. Il finit par faire reposer sa doctrine sur une thèse consistant à dire que les choses sont comme cela car il faut qu'elles soient comme cela et cache pour ainsi dire sous le luxueux tapis de locutions latines la poussière embarrassante des contradictions[réf. nécessaire].
La notion d'impératif qui peut être retenue de façon salutaire comme une règle d'action ne peut, même un seul instant, valoir comme principe de la connaissance. le fait que ce postulat de la transcendance soit discutable n'enlève rien à l'intérêt du thème de la relativité de la connaissance. Ni au fait qu'il semble que Kant ait été autant qu'on en puisse juger un psychologue aussi avisé que ceux du XIXème et du XXème siècle. Et il reste que la philosophie semble être la source d'une part importante de la liberté humaine[réf. nécessaire] dans la mesure où elle permet aux hommes de s'adapter continuellement à la vie par la rigueur de la méthode qu'elle peut cultiver. Elle est aussi un encouragement à l'acquisition d'un patrimoine culturel commun. Ainsi selon le mot de Georges Steiner chacun est redevable à tous[réf. nécessaire].
La philosophie permet aussi aux gens d'améliorer collectivement leur propre éducation et d'examiner, en théorie, la véracité de tout propos en dehors de toute considération autoritaire. Par cela la philosophie peut prétendre à créer une partie de l'histoire humaine mais un examen simple de l'histoire de la philosophie avec comme règle de base, de n'admettre comme cohérent que les propos qui sont grammaticalement recevables, permettrait de vérifier sur quels points cette prétention est fondée. Ce travail comporte naturellement un enjeu important quand il s'agit d évaluer la contribution de la méthode philosophique à la psychothérapie. Notamment la méthode phénoménologique, quand elle ne s'égare pas dans des ratiocinations baroques, semble fournir des descriptions précieuses sur le déroulement des phénomènes psychiques, au même titre que la philosophie bouddhique Vijnanavadin.
Frise chronologique
Histoire de la philosophie occidentale
Article détaillé : Histoire de la philosophie.Philosophie antique
Article détaillé : Philosophie antique.Période grecque
La philosophie grecque a connu trois grandes périodes29 :
- la période présocratique, précédant Socrate (certains d'entre ces Présocratiques furent des contemporains de ce dernier), qui comprend tous les penseurs et leurs conceptions du monde. Ils sont considérés comme les fondateurs de la tradition philosophique occidentale ;
- la période grecque classique (Ve siècle av. J.-C.), qui commence avec Socrate à Athènes et se poursuit avec Platon, Diogène et Aristote. Ce même siècle est également celui de la sophistique représentée par Gorgias et Protagoras, entre autres ;
- après les conquêtes d'Alexandre le Grand, vient ce que l'on a nommé la période hellénistique : Épicure, les Stoïciens ou les Sceptiques qui sont les penseurs les plus importants de cette époque.
La philosophie grecque se caractérise par le fait qu'elle est dominée par l'éthique, par la question « comment bien vivre ? » et plus particulièrement par celles de la vertu et du bonheur. L'importance de ce thème apparaît évidente à la lecture des dialogues de Platon, des textes d'Aristote, des Stoïciens ou d'Épicure. La conséquence de cette tendance est que la philosophie était comprise comme une façon de vivre et non pas uniquement comme un discours théorique (même si ce dernier ne saurait être ignoré, naturellement) ce qui est particulièrement frappant chez un Socrate, un Diogène ou chez les Stoïciens.L'École d'Athènes (détail d'une fresque de Raphaël), représentant les différentes écoles de l'Antiquité grecque : on reconnaît, au centre, Platon montrant le ciel du doigt (allusion à sa Théorie des Idées) et Aristote montrant la terre (allusion à son souci d'ancrer la philosophie dans la connaissance des faits empiriques).
Les deux autres grands domaines de la recherche des penseurs antiques sont d'une part la cosmologie et la physique (ce qu'on a longtemps nommé philosophie naturelle), d'autre part la théorie de la connaissance parfois liée à la logique. Ainsi, la question fondamentale qui occupait les philosophes présocratiques était la question du principe de toute chose. Au travers d'un mélange d'observations empiriques et de spéculations, ils tentèrent de comprendre la nature et ses phénomènes. Ainsi le premier philosophe connu, Thalès, tenait l'eau pour le principe de toute chose. Platon dans le Timée (livre dont l'influence fut primordiale au cours de l'histoire de la philosophie) cherche lui aussi à expliquer la naissance du monde, et imagine un démiurge qui aurait créé notre univers. Enfin, la Physique d'Aristote, tout comme la lettre à Hérodote d'Épicure ou la physique stoïcienne montrent le vif intérêt des anciens pour la connaissance de la nature (φυσις, physis).
La théorie de la connaissance et la logique étaient elles aussi essentielles pour les philosophes de l'Antiquité. Les Sophistes défendent souvent une thèse qu'on peut qualifier de relativiste car elle revient à nier l'existence d'une connaissance objective et universellement valable. « Rien n'est vrai (en soi). Pour chacun la chose apparaît, telle qu'elle apparaît, selon les circonstances et l'environnement30 ». Tel est le sens de la célèbre formule : la personne humaine est la mesure de toute chose. Platon, à la suite de Socrate qui affirmait l'existence d'une science objective des valeurs et des normes morales, développe une théorie de la connaissance explicitée dans la République et le Théétète. Platon fait en effet la distinction entre la simple opinion (ou doxa, empirique et sans fondement) et le véritable savoir philosophique, qui ne peut être acquis que par un long parcours d'apprentissage des mathématiques, de la dialectique et de ce qu'on appelle la théorie des Idées31. Épicure, quant à lui, développe toute une théorie empiriste de la connaissance afin de déterminer les critères que doit remplir une connaissance pour être vraie. Enfin, aussi bien Aristote que les Stoïciens ont fondé une logique formelle, sous la forme, respectivement, de la syllogistique et d'une logique des propositions.
Période romaine et de l'Antiquité tardive
Les Romains, dominant petit à petit le contour de la mer Méditerranée (la Mare nostrum), s'approprient ensuite l'héritage grec des différents courants philosophiques. Certains auteurs romains nous ont légué à travers le temps des principes et concepts de philosophie grecque qui aujourd'hui manquent par faute de textes originaux ou de copies : c'est le cas de Lucrèce (Ier siècle av. J.-C.), avec son chef-d'œuvre poétique De rerum natura, explicitant l'épicurisme (seules trois lettres d'Épicure nous sont parvenues), malgré le rejet de la poésie par les Épicuriens. Il est en effet probable qu'il ait eu sous les yeux des traités aujourd'hui perdus32. Nous devons probablement à Cicéron, philosophe de première importance, d'avoir sauvé le poème de Lucrèce. Premier écrivain ayant rédigé des ouvrages philosophiques en latin, Cicéron ne peut être rattaché à aucune école, faisant preuve d'éclectisme, mais il a toutefois largement contribué à répandre la philosophie stoïcienne et épicurienne dans le monde romain.
Les Stoïciens sont représentés par deux hommes symbolisant le pouvoir : Sénèque (Ier siècle) et Marc Aurèle (IIe siècle). Le premier de ces deux personnages est célèbre d'une part de sa proximité (qui lui sera mortelle) avec l'empereur Néron, d'autre part parce qu'il est considéré comme le plus complet représentant du stoïcisme (bien que s'en émancipant), notamment par l'entremise de ses œuvres, à savoir deux de ses Dialogues (De Brevitate vitæ, De la brièveté de la vie ; De Vita beata, Sur la vie heureuse). Le second Stoïcien est Marc Aurèle, empereur romain. Influencé par Épictète, il développe dans son fameux Pensées à moi-même les plus hautes valeurs qui doivent relever de l'être humain : sagesse, justice, courage et tempérance.
Le néoplatonisme, mouvement fondé par Plotin (IIIe siècle), voulait concilier la philosophie de Platon avec des idées conceptuelles de l'Égypte et de l'Inde33. Il y eut deux phases concernant le néoplatonisme durant l'Antiquité, et une autre plus locale lors de la Renaissance. De consonance bien plus mystique que les Idées platoniques, Plotin voit la philosophie comme un cheminement de l'âme vers le principe de transcendance du Bien, donnant pour but à ce système, l'union avec le principe premier, originel, Dieu.
Augustin d'Hippone, ou saint Augustin (IVe siècle), personnage le plus important pour la propagation du christianisme après saint Paul, laisse une abondante trace écrite qui sera d'une influence décisive sur le devenir de l'Occident, et de ce point de vue, sur de nombreux philosophes et théologiens. Sa pensée, l'augustinisme (nommée ainsi après sa mort), consacre l'idéalisme platonicien.
Philosophie médiévale
La philosophie médiévale d'Occident et du Proche-Orient sont issues du même courant. Ce sont les penseurs musulmans et chrétiens, puis entre musulmans eux-mêmes, qui en cherchant des arguments convaincants vont faire appel à la philosophie antique. Du Moyen-Orient, principalement musulman, vont naître plusieurs écoles de pensée et de méthode qui seront reprises plus tard en Occident, alors que les sociétés musulmanes finiront par étouffer les idées originales nées durant cette période.
La philosophie médiévale en Occident est caractérisée par la rencontre du Christianisme et de la philosophie. La philosophie médiévale est une philosophie chrétienne, à la fois dans son intention et par ses représentants qui sont presque tous des clercs. Un thème fondamental constant est à partir de là aussi le rapport entre la foi et la raison. Mais ceci ne signifie pas que la pensée se manifeste désormais selon une unité dogmatique. Le conflit des directions philosophiques entre elles d'une part et les condamnations de thèses par les autorités ecclésiastiques d'autre part, montrent bien que la pensée se déploie sur des voies très autonomes et divergentes.
Malgré sa grande diversité et sa longue période de développement, elle se manifeste cependant une certaine unité dans la présentation des questions philosophiques : discussion des auteurs du passé, confrontation avec les Saintes Écritures et les textes des Pères de l'Église, afin d'examiner toutes les facettes d'un même problème, dont à la fin l'auteur proposait la résolution.
La première période coïncide avec l'Antiquité : la Patristique (du IIe au VIIe siècle environ) est caractérisée par les efforts des Pères de l'Église (patres) pour édifier la doctrine chrétienne à l'aide de la philosophie antique, et de l'assurer ainsi à la fois contre le paganisme et contre la gnose. Le représentant de la philosophie chrétienne le plus important et ayant eu le plus d'influence dans l'Antiquité est saint Augustin. Son œuvre, influencée par le néoplatonisme, est une des principales sources de la pensée médiévale.
Après la fin de l'Antiquité (la date symbolique de 529 apr. J.-C., marque la fermeture de l'académie platonicienne ordonnée par Justinien), les textes transmis sont, durant des siècles, conservés et recopiés dans les monastères. Pourtant, paradoxalement, la pensée philosophique perd son autonomie et sa force propre.
La période qui s'ouvre à partir du IXe siècle est appelée généralement la scolastique. L'appellation de Scolastiques (scola équivaut à école) désignent ceux qui s'occupent scolairement des sciences, et particulièrement les professeurs qui travaillent dans les écoles des diocèses ou de la cour fondée par Charlemagne, et plus tard, dans les Universités. Mais avec le terme de scolastique, c'est avant tout une méthode qui est évoquée. Les questions sont examinées et résolues rationnellement suivant le pour et le contre. Ce qui caractérise la scolastique, c'est un retour aux textes anciens, leur analyse critique et leur message.
Les Universités, fondées à partir du XIIe siècle, deviennent le centre de la vie intellectuelle. Le développement du savoir dans les quatre facultés fondamentales suivantes : philosophie (Septem artes liberales), théologie, droit, et médecine. Les « Disputationes » qui ont lieu dans les Universités suivaient le strict schéma de la méthode scolastique. À la fin, sa sclérose formelle, fut le point de départ de la critique qui se réalisa à la Renaissance contre cette forme de philosophie. Les sources antiques auxquelles s'abreuve la scolastique sont avant tout : saint Augustin ; la tradition néoplatonicienne (avec ici les écrits d'un auteur inconnu qui se nomme Denys l'Aréopagite) ; Boèce qui transmet la logique aristotélicienne ; plus tard, l'ensemble des textes d'Aristote.
On distingue les périodes suivantes :
- au cours de la première scolastique (XIe au XIIe siècle) débute l'élaboration de la méthode proprement scolastique. À ce moment se propage la querelle des Universaux qui est aussi le thème du siècle suivant. La question est de savoir si, à toutes les déterminations universelles (genres et espèces, par exemple l'espèce humaine) correspond une réalité indépendante de la pensée, ou si elles n'existent que dans la pensée en soi. L'influence du monde arabe est très importante pour le développement futur de la philosophie. Dans les années 800-1200, la culture islamique a permis la transmission de la philosophie et de la science grecques. C'est de cette manière qu'une plus grande partie d'écrits que celle dont disposait le Moyen Âge chrétien devint accessible. Ce fut le cas des œuvres complètes d'Aristote.
- la nouvelle réception d'Aristote imprègne l'image de la haute scolastique (environ XIIe au XIIIe siècle). Aucun penseur ne parvient à une connaissance complète des principes d'Aristote. C'est sur ce point que s'opposent la pensée franciscaine, orientée vers l'Augustinisme, et la pensée aristotélicienne des dominicains. Thomas d'Aquin a repris la vaste entreprise systématique visant à l'union de l'aristotélisme et de la pensée chrétienne. Le caractère antinomique de certains enseignements d'Aristote avec le dogme chrétien conduisit, de la part de l'Église, à une interdiction temporaire de certains écrits et à la condamnation d'un série de thèses philosophiques. Avec Maître Eckhart, la tradition de la mystique médiévale parvint à son apogée ; il s'agit de la voie vers la contemplation intérieure et de l'union avec le divin.
- les représentants plus lointains sont Henri Suses, Jean Tauler et Jean Gerson dans la scolastique tardive (XIVe siècle), qui s'impose avec Guillaume d'Occam et la critique des systèmes métaphysiques des anciennes écoles (via antiqua). La nouvelle voie (via moderna, appelée aussi le nominalisme) va de pair avec un épanouissement des sciences naturelles (Nicolas d'Oresme, Jean Buridan) (Atlas de la philosophie, Livre de poche).
Philosophie islamique
Articles détaillés : Kalâm et Philosophie islamique.Les sources de la philosophie islamique proviennent à la fois de l'islam en lui-même (Coran et Sunna) ainsi que de la philosophie grecque, iranienne préislamique et indienne.
C'est en cherchant à affiner la doctrine de l'islam et à interpréter correctement les hadiths, tout en extrapolant sur les questions religieuses qui n'avaient pas été explicitement tranchées dans le Coran, que naît la méthode de l'ijtihad. Avec elle s'ouvrent les premiers débats philosophiques et théologiques en islam, notamment entre les partisans du libre arbitre ou Qadar (de l'arabe : qadara, qui a le pouvoir), et les djabarites (de djabar : force, contrainte), partisans du fatalisme.
La théologie en islam doit répondre à des interrogations concernant la théodicée, l'eschatologie, l'anthropologie, la théologie négative et la religion comparée. Plusieurs courants philosophiques existent en terre d'islam :
- la philosophie hellénistique de l’islam (falsafa) ;
- la théologie dialectique (kalâm) ;
- le soufisme, théorie ésotérique de l'islam ;
- les écoles littéralistes (Atharisme comme pour le madhhab Hanbalisme).
Le calife Al-Mamun fait du motazilisme la doctrine officielle en 827 et crée la Maison de la sagesse en 832. Très rapidement, la philosophie grecque est introduite dans les milieux intellectuels persans et arabes. L'École péripatétique commence à avoir des représentants parmi eux : ce fut le cas d'Al-Kindi, d'Al-Farabi, d'Ibn Sina (Avicenne), et d'Ibn Rushd (Averroès).
Ceux qui cherchaient par une démonstration philosophique à conforter et démontrer le bien-fondé de leur foi religieuse ont été recrutés par Hunayn ibn Ishaq, un arabe chrétien qui dirige la maison de la sagesse dans les années 870. Ils ont collecté, traduit et synthétisé tout ce que le génie des autres cultures grecque, indienne, perse ont pu produire avant d'entreprendre les commentaires sur ces œuvres. C'est ce travail qui forme les bases de la philosophie musulmane du IXe et Xe siècle. Ceux qui utiliseront cette méthode dite Ilm-al-Kalâm basée sur la dialectique grecque seront appelés mutakalamin. En réponse au motazilisme, Abu al-Hasan al-Ash'ari, initialement un motaziliste lui-même, développe le Kalâm et fonde l'école de pensée acharite qui s'appuie sur cette méthode. Ainsi le kalâm et la falsafa influenceront plusieurs madhhabs.
Sous le califat des Abbassides, un certain nombre de penseurs et de scientifiques, et parmi eux de nombreux musulmans non-sunnites ou des non-musulmans (en particulier des lettrés chrétiens syriaques, ceux-ci les ayant auparavant traduits du grec en syriaque, puis en arabe34), jouent un rôle dans la transmission à l'Occident des savoirs grec, indien, et d'autres sagesses préislamiques, mésopotamiennes et perses. Trois penseurs spéculatifs, les deux Persans al-Farabi et Avicenne, et l'Arabe al-Kindi, combinent l'aristotélisme et le néoplatonisme avec d'autres courants dans l'Islam. Ils furent considérés par beaucoup comme déviants par rapport à l'orthodoxie religieuse, et certains les jugèrent même comme des philosophes non-musulmans.
Les Ismaéliens ne sont pas à l'écart de l'influence de la philosophie néoplatonicienne et plusieurs penseurs collaborent pour produire à Basra une encyclopédie : la Ikhwan al-Safa.
Le XIIe siècle voit l'apothéose de la philosophie pure et le déclin du Kalâm. Cette suprême exaltation de la philosophie doit être attribuée, pour une large part au Persan Al-Ghazali et au Juif Juda Halevi. En émettant des critiques, ils ont produit par réaction un courant favorable à la philosophie par une mise en cause des concepts et en rendant leurs théories plus logiques et plus claires. Ibn Bajjah et Averroès ont produit les plus belles œuvres de la pensée islamique. Averroès clôt le débat par son œuvre d'une grande hardiesse. La fureur des orthodoxes est en effet telle que le débat n'est plus possible. Les orthodoxes s'en prennent sans distinction à tous les philosophes et font brûler les livres. Le débat se poursuivra, mais en Occident, par l'intermédiaire des Juifs.
D'aucuns considèrent Ibn Khaldoun comme le dernier grand penseur de ce temps philosophique islamique ; il vécut au XIVe siècle. Il fut avec son grand-œuvre Al-Muqqadima (en particulier sa brillante introduction) en avance sur son époque et l'inventeur de la sociologie.
Philosophie chrétienne
Article détaillé : Philosophie médiévale.Souvent caricaturée et décriée, la philosophie médiévale s'étend sur la vaste période qui sépare la philosophie antique tardive de la philosophie moderne. Bien loin de se résumer à l'image négative qu'a aujourd'hui la scolastique, elle présente toute une variété de penseurs d'inspirations sensiblement différentes35.
D'une part le Moyen Âge est une des périodes les plus fécondes en ce qui concerne la logique. Certaines lois logiques ont été connues dès le Moyen Âge (par exemple Pierre d'Espagne connaissait déjà ce qu'on appellera plus tard la loi de De Morgan) avant d'être ensuite oubliées. C'est surtout la philosophie de la logique qui connut un développement important. Les penseurs médiévaux se concentrèrent plus particulièrement sur la célèbre Querelles des Universaux, dont le point de départ fut une remise en cause de la théorie des Idées platoniciennes. Elle fut animée entre autres par Abélard, Albert le Grand et Guillaume d'Occam.
D'autre part le Moyen Âge fut aussi un âge de redécouverte de la philosophie antique à partir du XIe siècle36. La traduction en latin du corpus aristotélicien modifiera ensuite grandement la donne, et contribuera à réaffirmer Aristote comme l'un des philosophes les plus influents de l'histoire. Mais cette redécouverte ne sera possible que par l'intermédiaire des Syriaques de la Mésopotamie et de la Syrie, désireux de s'instruire et souhaitant qu'ils servent à l'exégèse des textes religieux. Les conquérants arabes se virent remettre les ouvrages traduits, ce qui permit le passage des œuvres en Occident37. La tradition de commentaire des textes est aussi très présente : le commentaire des Sentences de Pierre Lombard sera pour longtemps un exercice canonique de l'époque. Quant aux commentaires d'Aristote par saint Thomas d'Aquin, au XIIIe siècle, ceux-ci feront longtemps autorité et constitueront un modèle du genre.
Enfin, la philosophie médiévale est très liée à l'Église, et les réflexions philosophiques ont souvent un fond religieux et théologique plus ou moins prégnant. Les philosophes du Moyen Âge, qui avaient tous reçu une formation en théologie, se basaient sur les textes bibliques et tentaient souvent de concilier les enseignements de la Bible avec les écrits des philosophes antiques. Cette réconciliation prit la forme d'une subordination de la philosophie à la théologie, ou plutôt d'une complémentarité, les Vérités révélées des Écritures primant sur la « lumière naturelle » de la Raison, l'une n'allant jamais contre l'autre. La grande synthèse de la foi et de la raison, c'est-à-dire d'Aristote, de la théologie et de la Révélation fut réalisée au XIIIe siècle, notamment par des penseurs comme Thomas d'Aquin.
Philosophie juive
Article détaillé : Philosophie juive.Deux réactions eurent lieu chez les Juifs face à la philosophie grecque : alors que les Juifs restés en Judée se rebellaient contre l'hellénisation, d'autres s'installaient en terre grecque, à Alexandrie, et produisaient des penseurs qui, à l'exemple de Philon, n'hésitaient pas à confronter les deux langages.
Représentant typique du judaïsme hellénisé d'Alexandrie, Philon ne parle probablement pas l'hébreu. Il rêve de concilier religion et philosophie, révélation et raison : la philosophie est le moyen de défendre et de justifier les vérités révélées du Judaïsme. Celles-ci sont pour lui fixées et déterminées, et la philosophie permet d'en approcher.
La Bible est pour lui un ouvrage de législation religieuse parsemé de leçons d'éthique, Moïse un précurseur de Solon ou Lycurgue, les commandements bibliques inculquent à la personne humaine les fondements du stoïcisme, et accordent son rythme aux rythmes cosmiques et universels. Le Shabbat vise à abolir toute barrière sociale, la casheroute à enseigner la modération et la frugalité.
Il fallut l'expansion du monde de l'Islam pour que la philosophie revienne frapper en force aux portes du monde juif. Elle avait désormais un tout autre visage :
- d'un côté, les Mutazilites s'en faisaient un outil afin d'étudier rationnellement les Textes sacrés ;
- de l'autre côté, le néoplatonisme avait été adapté puis adopté : l'émanationnisme, la perfection infinie de l'Un, la montée de l'âme, etc., sont des thèmes très proches des croyances religieuses, permettant de s'essayer à la fois à la spéculation rationnelle et à la spéculation mystique.
L'aristotélisme trouva son représentant dans le géant de la philosophie juive, Maïmonide. Il changea littéralement le champ de vision du Judaïsme. Il fut l'« Aigle de la Synagogue », qui écrivit le Commentaire sur la Mishna et le Mishné Torah, le « Prince des Médecins » et surtout un des plus grands érudits que connut le Judaïsme. Auteur du Guide des Égarés dont le but est de résoudre la difficulté qui se présente à l’esprit d’un juif croyant, concurremment nourri de réalités philosophiques, Maïmonide a réussi à expliquer les anthropomorphismes bibliques, à dégager la signification spirituelle cachée derrière les significations littérales et à montrer que le spirituel était la sphère du divin.
L'humanisme
Article détaillé : Humanisme (philosophie).L’Humanisme est un courant de pensée qui apparaît pendant la Renaissance. Il consiste à valoriser l’Humanité, à le placer au centre de son univers. Dans cette optique, le principe de base de cette théorie est que la personne humaine est en possession de capacités intellectuelles potentiellement illimitées. La quête du savoir et la maîtrise des diverses disciplines sont nécessaires au bon usage de ces facultés. Il prône la vulgarisation de tous les savoirs, même religieux : pour certains humanistes, la parole divine doit être accessible à toute personne, quelles que soient ses origines, sa langue (traduction de la Bible par Érasme en 1516) ou sa catégorie sociale.
Ainsi, cet Humanisme vise à lutter contre l’ignorance, et à diffuser plus clairement le patrimoine culturel, y compris le message religieux. Cependant l’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté (ce que l'on appelle le « libre arbitre »), de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont de ce fait indissociables de la théorie humaniste classique. L'Humanisme désigne toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain.
La liste des philosophes d'inspiration humaniste comprend aussi bien Pétrarque que Léonard de Vinci, Montaigne, Thomas Jefferson ou encore Albert Schweitzer ; ceci pour indiquer la longue portée, jusqu'à nos jours, de ce courant philosophique.
Philosophie moderne
Article détaillé : Philosophie moderne.Par « philosophie moderne », il faut entendre les courants philosophiques qui se développent au cours de ce que les historiens appellent l'Époque moderne (1492-1789).René Descartes (1596-1650).
Elle est, d'une part, l’héritière de la pensée antique en bien des points. Descartes, Spinoza, Leibniz ou Hume (pour ne citer qu'eux) sont loin d'avoir rompu tout lien avec la philosophie des Anciens. Ils les connaissaient parfaitement et leur ont notamment emprunté leur vocabulaire. Mais d'autre part, les Modernes ont souvent compris leur propre travail comme une amélioration de ce que les philosophes de l'Antiquité avaient déjà accompli, ce qui les conduisit parfois à s'opposer à ces derniers.
Cette tentative « d'améliorer » la philosophie antique apparaît clairement dans la philosophie politique, une des grandes caractéristiques de la philosophie moderne étant en effet d'avoir renouvelé celle-ci. Machiavel ou Hobbes ont tous deux voulu fonder la philosophie politique comme science, en la séparant nettement de l'éthique (alors que cette dernière et la politique étaient inséparables chez les trois grands penseurs de l’Antiquité qu'étaient Socrate, Platon et Aristote). En outre, aussi bien Spinoza et Hobbes que Machiavel ont cherché à fonder la philosophie politique sur l'étude de la personne humaine telle qu'elle est — et non telle qu'elle devrait être comme le faisaient les Anciens.
Mais la philosophie moderne, au sens où nous l'avons délimitée, comprend aussi, dès la fin du XVIIe siècle, la philosophie des Lumières et le libéralisme : Locke, Rousseau, Diderot, Voltaire entre autres. Le mot « philosophe » y prend le sens nouveau de « membre du parti philosophique » au fur et à mesure que se dessine une philosophie politique qui privilégie la démocratie, la tolérance et la souveraineté du peuple, que ce soit dans le Traité théologico-politique de Spinoza, le contrat social de Rousseau ou dans les deux traités du gouvernement civil de Locke.
L'autre grande caractéristique de la philosophie moderne est l'importance qu'y joue la science, même s'il faut remarquer que la philosophie du XVIIe siècle privilégie plutôt les mathématiques et la physique (mécaniste), alors que les philosophes du XVIIIe siècle se tournent davantage vers la biologie. Les penseurs menaient en effet souvent une carrière de savant, ou nourrissaient en tout cas un vif intérêt pour la science. Leibniz et Descartes, notamment, étaient de grands savants, de même qu'un siècle plus tard Diderot développa des réflexions annonçant le transformisme. Du point de vue de la méthode, la philosophie s'inspire alors soit des mathématiques (tels Descartes et Spinoza), soit de la physique (Hobbes) ; ou bien elle tente de fonder une méthode applicable à tous les domaines du savoir : philosophie, physique, mathématiques, etc., par exemple pour Leibniz. La méthode de la philosophie s'inspire donc souvent de celle des sciences ou des mathématiques.David Hume (1711-1776).
Enfin, en ce qui concerne la théorie de la connaissance, il est traditionnel de distinguer deux grands courants : le rationalisme (avec Descartes, Leibniz et Spinoza) et l'empirisme (Hume et Locke). De façon très schématique, les rationalistes affirment l'existence d’une connaissance indépendante de l'expérience, purement intellectuelle, universellement valable et indubitable. Les empiristes, eux, affirment que toute connaissance procède de l'induction et de l'expérience sensible. Ce sont souvent aussi des sceptiques (par exemple Hume) qui affirment qu'il n'existe aucune connaissance universellement valable, mais seulement des jugements nés de l'induction et que l'expérience pourra réfuter.
Kant défend une position originale dans cette discussion. Il affirme en effet à la fois la nécessité de l'expérience mais aussi des concepts et des formes de la sensibilité a priori pour la constitution de la connaissance. Sa thèse combine donc à la fois l'empirisme et le rationalisme. Kant, qui nie à la différence des rationalistes la possibilité d'une connaissance ne reposant pas sur l'expérience, distingue par la suite les choses en soi (connus sans le recours de l'empirie) et les choses pour nous (telles que nous les connaissons). Les premières sont inconnaissables pour nous : Dieu, la liberté et l'âme.
Philosophie contemporaine
Article détaillé : Philosophie contemporaine.Le XIXe siècle
La philosophie du XIXe siècle se divise en des directions si différentes qu'elles ne se laissent pas ramener à un seul et unique concept. Elle comprend la philosophie romantique, l'Idéalisme allemand, le positivisme, la pensée socialiste et matérialiste de Marx, Feuerbach ou Proudhon, le pragmatisme ainsi que nombre de penseurs difficiles à classer tels Schopenhauer, Nietzsche et Kierkegaard ou encore plus tard Chestov.Adolph von Menzel, Le laminoir en fer (1872/75). La révolution industrielle provoqua une révolution dans les conditions de vie qui devait amener un bouleversement de la pensée philosophique, économique et politique.
Une partie de la philosophie et surtout de la philosophie allemande se comprend comme un dialogue critique mais aussi constructif avec la pensée kantienne : ce fut le cas de l'Idéalisme allemand, de Schopenhauer et de Nietzsche. Le but avoué étant de reprendre ce qui semblait le plus intéressant dans la philosophie de Kant et de la débarrasser ce qui semblait être des restes d'une métaphysique dépassée.
Les courants philosophiques marqués par l'empirisme ont pris une autre direction comme le positivisme de Comte qui voulait dépasser la pensée métaphysique uniquement au moyen des sciences empiriques c'est-à-dire sans recourir aux explications métaphysiques. En Angleterre Bentham et Mill développèrent l'utilitarisme qui soumettait l'économie et l'éthique à un rigoureux principe de comparaison des avantages et des inconvénients et qui avec l'idée d'un bien-être pour tous (le principe du « plus grand bonheur au plus grand nombre ») joua un rôle fondamental.
L'économie et la philosophie politique furent marquées par Marx, Engels ou Proudhon ou encore Hume et Adam Smith. Les deux premiers voulaient modifier profondément les conditions de vie des ouvriers par un bouleversement des structures économiques et politiques de leur époque que les philosophes avaient pour tâche de conceptualiser.
Il est par contre difficile de classer toute une série de philosophes tels Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche. Schopenhauer mettait en avant la puissance et la domination de la volonté sur la raison en s'inspirant des Upanishads, principes philosophiques constituant pour partie la pensée indienne des Veda, alors en vogue dans certaines universités européennes. Sa vision du monde pessimiste, profondément marquée par l'expérience de la souffrance, témoigne d'une influence védique et de l'idée bouddhiste de nirvāna. Nietzsche qui tout comme Schopenhauer accordait une grande importance aux arts, se désignait lui-même comme un immoraliste. Pour lui les valeurs de la morale chrétienne traditionnelle étaient l'expression de faiblesse et d'une pensée décadente. Il analysa les idées de nihilisme, de surhomme, et de l'éternel retour de la répétition sans fin de l'histoire. Kierkegaard était en bien des points un précurseur de l'existentialisme. Il défendait une philosophie imprégnée de religion et représentant un individualisme radical qui dit comment on doit se comporter en tant qu'individu singulier dans les différentes situations concrètes.
Le XXe siècle
La philosophie du XXe siècle se caractérise elle aussi par une importante variété de doctrines, dominées globalement par deux grandes familles de pensée : la philosophie analytique et la phénoménologie.
La philosophie analytique, philosophie dominante de la seconde moitié de ce siècle, qui prend racines en Allemagne avec Frege, en Autriche avec Moritz Schlick et Rudolf Carnap, au Royaume-Uni avec Russell et Whitehead, et en Pologne avec l'École de Lvov-Varsovie (Tarski, Kotarbiński, Leśniewski, Łukasiewicz), est majoritaire dans l'ensemble des pays anglophones et dans une grande partie de l'Europe (Autriche, Allemagne, Pologne, Suisse, pays scandinaves, etc.). Elle se caractérise par un usage important de la logique mathématique et plus généralement par une grande attention portée au langage comme source d'illusions et de paralogismes. Elle a abouti à une reprise d'ensemble de nombreux problèmes philosophiques traditionnels tels que la nature de l'esprit et ses rapports au corps (voir philosophie de l'esprit), les problèmes relatifs à la nature de l'action (voir philosophie de l'action), l'essence et la fonction du langage naturel et formel (cf. la philosophie du langage et la philosophie de la logique). Ses représentants les plus importants sont Russell, Frege, Whitehead, Wittgenstein, Tarski, Leśniewski, Łukasiewicz, Ajdukiewicz, Davidson, Kenny, Austin, Searle, Ryle, Hintikka, Vuillemin38.
L'autre grande tradition philosophique du XXe siècle est la phénoménologie, fondée par Husserl, dont les successeurs sont Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty, Ingarden, Stein, Patočka, Ricœur ou Levinas. Pour Husserl, la phénoménologie est la science des phénomènes, c'est-à-dire la science des « vécus » de la conscience, s'opposant en cela au réalisme naïf (ou « attitude naturelle ») qui prétend faire la science des objets du monde extérieur. Il s'agit d'une science apriorique, ou « eidétique », c'est-à-dire d'une science qui décrit les essences des vécus de la conscience39. Elle aura ainsi pour objets, entre autres, la connaissance (Husserl), l'imagination (Sartre), la perception (Merleau-Ponty), l'existence humaine (Heidegger), la volonté (Ricœur).
Le début du XXe siècle marque également le début de la psychanalyse, fondée par Freud, qui apporte une conception nouvelle de l'homme, contredisant la représentation traditionnelle de la conscience humaine : la psychanalyse fournit en effet un modèle théorique du psychisme humain impliquant la domination de l'inconscient sur la conscience, ainsi qu'une méthode d'investigation de ce dernier. Freud dit lui-même de sa discipline qu'elle constitue la troisième blessure narcissique de l'humanité. Même si Freud était un médecin neurologue, et non un philosophe, les conséquences philosophiques de sa doctrine (notamment sur la question de la liberté et de la responsabilité, et sur la place des pulsions et de la sexualité dans les conduites humaines) sont d'une telle ampleur que la plupart des philosophes du XXe siècle se sont intéressés à ses idées, pour les critiquer ou pour s'en inspirer (comme, en France, Alain, Sartre, Deleuze et Derrida40).
Dans la seconde partie du XXe siècle se développent, surtout en France, la philosophie poststructuraliste et la déconstruction, qui reposent sur la remise en cause des notions de « sujet » (Foucault41), de « sens » (Derrida) ou de « raison » (Deleuze), et leur remplacement par les notions de structure, d'inconscient (Lacan), de différence (Deleuze) ou de dissémination du sens (Derrida42). Si l'unité des ces pensées pose problème, les Américains les regardent comme un courant français original auquel ils ont donné le nom de French theory, et les regroupent plus globalement dans la philosophie postmoderne.
La philosophie politique du XXe siècle, quant à elle, se caractérise d'une part par l'intérêt qu'elle porte aux phénomènes totalitaires (Arendt, Schmitt, Aron)43, et d'autre part par l'examen et la discussion des théories du contrat social développées aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec notamment la théorie de la justice de Rawls (1971), abondamment commentée.
L'idée d'absurde est par ailleurs développée par Albert Camus au travers de plusieurs ouvrages dont un essai philosophique : "Le mythe de Sisyphe" ; cette pensée atypique dans la philosophie pose la question du suicide comme question fondamentale avant toute autre et, en écartant cette éventualité, préconise la révolte comme alternative.
Histoire des philosophies asiatiques
La philosophie indienne
Article détaillé : Philosophie indienne.On définit classiquement deux sortes de philosophies indiennes : les philosophies āstika (आस्तिक en devanāgarī), qui suivent les Veda (hindouisme...) et les philosophies nāstika (नास्तिक) que sont le jaïnisme, le bouddhisme et le Cārvāka, qui les rejettent. Pour ces dernières, on se reportera aux articles qui les concernent44.
Les différentes écoles āstika
On distingue traditionnellement six écoles orthodoxes que sont le Mīmāṃsā, le Nyāya, le Sāṃkhya, le Vaiśeṣika, le Vedānta et le Yoga de Patañjali45. Ces écoles sont aussi connues sous le terme sanskrit darśana qui signifie « point de vue doctrinal »46.
Le Nyâya
L'école de Nyâya (en sanskrit न्याय, nyāya) de spéculation philosophique est basée sur un texte appelé le Nyâya Sûtra. Il a été composé par Gautama Aksapada (à ne pas confondre avec Siddhârtha Gautama, le fondateur du bouddhisme), vers le IVe ou Ve siècle av. J.-C.. La contribution importante apportée par cette école est sa méthode. Elle est basée sur un système de logique qui a été plus tard adopté par la plupart des autres écoles indiennes (orthodoxes ou pas), de la même manière qu'on peut dire que la science, la religion et la philosophie occidentales sont en grande partie basées sur la logique aristotélicienne.
Le Vaiçeshika
Le système de Vaiçeshika (en sanskrit वैशेषिक, vaiśeṣika), fondé par la sage Kanada, postule un pluralisme atomique. Suivant les préceptes de cette école de pensée, tous les objets de l'univers physique, les substances matérielles, sont réductibles à un certain nombre d'atomes, sauf les cinq substances immatérielles : le temps, l'espace, l'éther (âkâsha) l'esprit et l'âme. Les atomes constitutifs des substances matérielles sont les atomes de feu, de terre, d'air et d'eau.
Le Sāṃkhya
Le Sāṃkhya (sanskrit en devanāgarī : सांख्य) est généralement considéré comme le plus vieux des systèmes philosophiques indiens47, il aurait été fondé au VIIe siècle av. J.-C. par Kapila, ou trois siècles plus tôt, selon A. Daniélou. Il s'agit, historiquement, de la première description connue du modèle complet de l'univers et des constituants de l'homme sous forme de principes, à la fois scientifique et métaphysique. Sa philosophie considère l'univers comme se composant de trois réalités éternelles que sont le principe de l'espace (âkâsha), le principe de l'intelligence (Puruṣa), le principe de la nature (Prakriti) et de vingt-deux autres principes. C'est à partir du principe de la nature influencé indirectement par Purusa et ses trois qualités inhérentes que sont sattva, rajas et tamas en déséquilibres que se développe la création entière.
Le Vedānta
L'école d'Uttara Mimamsa (nouvelle recherche), généralement connue sous le nom de Vedānta (en sanskrit वेदअन्त, vedānta), se concentre sur les enseignements philosophiques des Upaniṣad plutôt que sur les injonctions ritualistes des Brâhmanas. Mais il y a plus de cent Upanishads qui ne forment pas un système unifié. Leur systématisation a été entreprise par Badarayana, dans un travail appelé Vedānta Sūtra.
La manière obscure dont les aphorismes des textes du Vedānta sont rédigés laisse la porte grande ouverte pour une multitude d'interprétations. Cela a entraîné une prolifération des écoles du Vedānta. Chacune de ces dernières a interprété à sa façon les textes et a produit sa propre série de sous-commentaires — tout en prétendant être seule fidèle à l'original.
Les différentes écoles nāstika
On distingue traditionnellement trois écoles non orthodoxes que sont le jaïnisme, le bouddhisme et le Cārvāka.
Le jaïnisme
Article détaillé : Jaïnisme.Le « Jaïnisme » est une philosophie indienne basée sur la non-violence (ahimsa) ou respect de toute vie (humaine, animale, végétale) et sur la tolérance (anekantavada) ou reconnaissance de la multiplicité des points de vue. Il implique trois grands principes que sont :
- la vision juste des réalités (tattvas),
- la conduite juste,
- la connaissance juste.
Le bouddhisme
Article détaillé : Bouddhisme.Le bouddhisme est l’un des grands systèmes de pensée et d’action orientaux, né en Inde au VIe siècle av. J.-C.. Il est fondé sur les Trois Joyaux : les bouddhistes déclarent prendre refuge dans le Bouddha, le fondateur du bouddhisme, dans le Dharma, la doctrine du Bouddha, et dans le Sangha, la communauté des adeptes49.
À l’origine, le bouddhisme n’est pas vraiment une philosophie ou une religion, mais une « leçon de choses » (dhamma en pali, dharma en sanskrit), ce terme désignant à la fois la réalité, sa loi, et son exposé. De plus lorsqu’on parle de dharmas on désigne diverses lois naturelles particulières.
Articles détaillés : Philosophie bouddhiste et Dharma.Les quatre nobles vérités qui sont à l’origine du bouddhisme sont :
- la vérité de la souffrance ou de l’insatisfaction inhérente,
- la vérité de l’origine de la souffrance engendrée par le désir et l’attachement,
- la vérité de la possibilité de la cessation de la souffrance par le détachement, entre autres,
- et finalement la vérité du chemin menant à la cessation de la souffrance, qui est la voie médiane du noble sentier octuple.
L’hindouisme, qui partage un certain arrière-plan philosophique avec le bouddhisme, présente lui aussi une telle variété. Pareillement, et à l’instar de la scolastique occidentale, toute philosophie s’inscrit dans le cadre de la religion. Plus précisément, les philosophies bouddhistes ne perdent jamais de vue les préoccupations sotériologiques.
Au terme de ce processus historique, il ne subsiste plus que deux grandes écoles philosophiques, particulièrement dans le bouddhisme dit du mahāyāna50, ce sont le Cittamātra (esprit seulement, rien qu'esprit), et le Madhyamaka (voie du milieu).
Le Cārvāka
Article détaillé : chârvâka.La philosophie babylonienne
La philosophie babylonienne prend ses racines dans une sagesse mésopotamienne en avance sur son temps, laquelle incarne certaines philosophies de vie, en particulier la morale. Ces modus vivendi mésopotamiens rejaillissent à travers la religion mésopotamienne ainsi que dans la littérature babylonienne (la dialectique, le dialogue, l'épopée, le folklore, les hymnes, les paroles de chansons, la prose et les proverbes). Ces diverses formes de littérature ont dans un premier temps été classées par les Babyloniens, et leur raisonnement et rationalité (logos) développés au-delà de la simple observation empirique.La pertinence de cette section est remise en cause. (Merci d'indiquer la date de pose grâce au paramètre date)Considérez le contenu de cet article avec précaution. Discutez-en ou améliorez-le !
Le Manuel des diagnostics médical d'Esagil-kin-apli rédigé au XIe siècle avant notre ère fut basé sur un ensemble logique d'axiomes et d'hypothèses, y compris la vision moderne que grâce au contrôle et à un examen des symptômes du patient, il est possible de déterminer sa maladie, l'étiologie de celle-ci, le développement futur et les chances de recouvrement de la santé du patient.
Dès les VIIIe et VIIe siècles avant J.-C., les astronomes babyloniens commencèrent à étudier la philosophie à partir d'un idéal naturel de l'univers, de même qu'ils ébauchèrent une logique interne au sein de leur système prophétique planétaire. Ceci constitue une contribution d'importance à la philosophie des sciences.
Il est possible que la philosophie babylonienne ait eu une influence sur les Grecs, en particulier pendant la période hellénistique. Le texte babylonien Le dialogue du pessimisme contient des similitudes avec la pensée agonistique des Sophistes, la doctrine des contrastes de Héraclite et les dialogues de Platon, et peut également se poser en précurseur de la maïeutique chère à Socrate. À ce propos, Thalès de Milet est connu pour avoir étudié en Mésopotamie.
La philosophie perse
Il existe d'antiques relations entre les Veda indiennes et les Avesta mèdes. Les deux principales familles philosophiques traditionnelles indo-iraniennes étaient déterminées par deux différences fondamentales : dans leurs implications sur la position de l'être humain dans la société et leur vision du rôle des femmes et des hommes dans l'univers. La première charte des droits humains (droits fondamentaux de la personne humaine) par Cyrus II (dit aussi Cyrus le Grand) est vue comme un reflet des questions et pensées exprimées par Zarathoustra, et développées dans les écoles de pensée zoroastriennes.
- Le zoroastrisme dérive du nom de Zoroastre déformé par les Grecs aux dépens du véritable nom, Zarathoustra. Son autre appellation, le mazdéisme, dérive quant à lui du nom du dieu vénéré, Ahura Mazdā. Ce courant de pensée fut fondée au cours du Ier millénaire av. J.-C..
- Le manichéisme est une religion syncrétique apparue au IIe siècle de notre ère, dont le nom provient de son fondateur, Mani.
- Le mazdakisme est un courant religieux fondée au Ve siècle. Il doit son nom à son fondateur, Mazdak.
La philosophie chinoise
Cette section doit être recyclée. Une réorganisation et une clarification du contenu sont nécessaires. Discutez des points à améliorer en page de discussion.Article détaillé : Philosophie chinoise.La philosophie chinoise diffère radicalement de la philosophie grecque, tellement que l'on peut s'interroger sur l'association des termes de l'expression « philosophie chinoise ». Dès l'origine les chemins divergent, se rejoignant seulement au XXe siècle : les formes linguistiques sont très différentes (la linguistique chinoise n'est pas basée sur le logos, au contraire du grec ancien) ; la pensée chinoise s'appuie plus volontiers sur l'analyse que sur la synthèse ; sur la résolution des problèmes que sur la définition des concepts ; sur l'exemplarité que sur la démonstration ; sur la fluidité de l'esprit que sur la solidité des arguments.
La pensée chinoise est donc intéressante dans le sens où elle nous permet de découvrir des entrées originales, inconnues pour la philosophie occidentale.
Le confucianisme
Article détaillé : Confucianisme.Le confucianisme est la voie principale de la philosophie chinoise et n'a connu que de rares mises à l'écart. Toute éducation se fondait en premier lieu sur les livres formant le « Canon confucianiste » : dont le Shi Jing ou Livre des Poèmes, le Yi Jing ou Livre des Mutations, les Annales de Lu, les Entretiens de Confucius et le livre de Mencius. Presque toute la production savante en Chine peut s'interpréter comme une suite de commentaires sur ces œuvres vénérées comme étant l'essence de l'esprit chinois. Presque tous les mouvements de pensée confucianiste se présentaient comme ayant renoué avec la vraie pensée du Sage. Entre les « réalistes » comme Xun Zi et les partisans de son pendant « idéaliste » Mencius, plus tard entre Wang Yangming et Zhu Xi, des tendances ont émergé et débattu de la pensée du Maître, enrichissant la philosophie de nouveaux concepts et de nouvelles interprétations. C'est la lignée de Mencius que Zhu Xi va privilégier et ses commentaires seront ceux considérés comme orthodoxes, c'est-à-dire comme références, par les examinateurs impériaux des dynasties Ming et Qing (la dernière).
Le néo-confucianisme
Article détaillé : Néo-confucianisme.Le néo-confucianisme désigne un développement tardif et éloigné du confucianisme, mais possède des racines autres que celle du confucianisme. Il commença son développement sous la dynastie des Song et parvint à sa plus grande expansion sous celle des Ming. On en retrouve des traces dès la dynastie des Tang.
Ce courant de pensée eut une grande influence en Orient, particulièrement en Chine, au Japon et en Corée. Zhu Xi est considéré comme le plus grand maître néo-confucianiste des Song, tandis que Wang Yangming est le plus fameux des maîtres professant sous les Ming. Mais il existe des conflits entre les écoles de ces deux penseurs.
Le taoïsme
Article détaillé : Taoïsme.Le taoïsme, une religion, une philosophie51?道 dào « la Voie », calligraphie 草書 câoshū « herbes folles », un style très libre influencé par le taoïsme.
Le terme « taoïsme » recouvre des textes, des auteurs, des croyances et pratiques, et même des phénomènes historiques qui ont pu se réclamer les uns des autres, répartis sur 2 500 ans d’histoire.
La catégorie « Taoïsme » est née sous la dynastie Han (200 av. J.-C. à 200), bien après la rédaction des premiers textes, du besoin de classer les fonds des bibliothèques princières et impériales. Dào jiā (道家) ou dào jiào (道教), « école taoïste », distingue à l’époque une des écoles philosophiques de la période des Royaumes combattants (500 av. J.-C. à 220 av. J.-C.). École est ici à entendre dans son sens grec, voire pythagoricien, d’une communauté de pensée s’adonnant aussi à une vie philosophique ; n'y voir qu’un courant intellectuel est un anachronisme moderne. Mais cette école ne fut sans doute que virtuelle, car ses auteurs, dans la mesure où ils ont vraiment existé, ne se connaissaient pas forcément, et certains textes sont attribués à différentes écoles selon les catalogues.
Durant la période des Trois Royaumes (220-265), les termes dào jiā (道家) et dào jiào (道教) divergent, le premier désignant la philosophie et le second la religion. Car la catégorie a vite englobé des croyances et pratiques religieuses d’origine diverse : « ... le taoïsme n’a jamais été une religion unifiée et a constamment été une combinaison d’enseignements fondés sur des révélations originelles diverses [...] il ne peut être saisi que dans ses manifestations concrètes52 ».
Le taoïsme est-il une philosophie ou une religion ? Les deux, peut-on dire. Sont évoquées les conceptions antiques du Zhuangzi (Tchouang Tseu) et du Dao De Jing (Tao Te King), car ces textes continuent d’inspirer la pensée chinoise, ainsi que l’Occident, avec des thèmes comme le Dao, la critique de la pensée dualiste, de la technique, de la morale ; dans un éloge de la nature et de la liberté. On trouvera aussi un exposé sur les pratiques taoïstes, concentré sur le Moyen Âge chinois (les six dynasties, 200-400). La période permet de révéler des techniques mystiques, des idées médicales, une alchimie, des rites collectifs. Leur élaboration a commencé bien avant et s’est poursuivie ensuite, mais ce moment permet d’en offrir un tableau plus riche, et plus attesté. Il en résulte un panorama large, fondé sur des textes et des commentaires récents, afin que chacun puisse se faire son idée du taoïsme comme cela se fit par le passé, mais en privilégiant les sources les plus significatives, les plus évocatrices.
Le néo-taoïsme
Article détaillé : Xuanxue.Xuanxue 玄學, Hsuan Hsue ou néo-taoïsme désigne un courant de pensée philosophique et culturel chinois. Celui-ci s'est créé lors du démantèlement de l'empire Han, au IIIe siècle de notre ère. Les philosophes de ce courant ont développé une interprétation métaphysique cohérente du Dao De Jing, du Zhuangzi et du Yi Jing, dans laquelle le dao, identifié au wu (rien ou vide), est l’origine ontologique de toutes choses. Leurs commentaires et éditions ont vite fait autorité et exercé une influence déterminante sur la façon dont ces ouvrages seront interprétés par les générations ultérieures.
Sa composante culturelle essentielle est le qingtan (« pure conversation »), sorte de joute oratoire codifiée dont les thèmes, souvent philosophiques, évitaient les sujets brûlants de la politique contemporaine. À cette pratique était associé un style de vie individualiste, hédoniste et anti-conformiste.
Les Cent Écoles
Sous cette désignation, on retrouve quantité de doctrines, avec, entre autres :
- le légisme de Shang Yang ou Han Fei Zi, qui est une doctrine purement politique, très autoritaire, ressemblant fort au totalitarisme.
- le moïsme ou mohisme, fondé par Mo Zi (Mo-tseu), né en réaction au confucianisme.
- l'École des Noms, ou des Logiciens, s'intéresse au langage et aux relations logiques qu'il décrit, dans le but de convaincre.
La philosophie japonaise
Article détaillé : Philosophie japonaise.La philosophie japonaise (en japonais 日本哲学, Nihon tetsugaku) se situe dans le prolongement de la philosophie chinoise, le plus généralement par l'importation, via la Corée, de la culture chinoise durant le Moyen Âge. Le Japon s'est en effet approprié le Bouddhisme et le Confucianisme. La religion traditionnelle nippone, le Shintoïsme, est entrée en dialogue avec ces différentes traditions importées. Pour cette religion il existe des divinités ou esprits, appelés Kami 神, qui se retrouvent dans tout objet naturel (chute d'eau, arbre...), phénomène naturel (arc-en-ciel, typhon...), objet sacré... On peut mettre en parallèle les huacas incas pour mieux cerner ce que représentent les Kami.
Les budō 武道 (bu, la guerre ; do, la voie) sont des arts martiaux (judo, karaté, aïkido) d'inspiration bouddhiste zen.
La philosophie coréenne
Il existe une histoire continue de la philosophie en Corée, qui remonte à il y a plus de deux mille ans. La philosophie coréenne traditionnelle se focalise sur la totalité de la vision du monde. La satisfaction affective du chamanisme comme elle est représentée dans le manuel chinois Yi Jing en fait également partie. Les chamans en Corée sont principalement des femmes (appelées mudang 무당) et quelquefois des hommes (paksu).La pertinence de cette section est remise en cause. (Merci d'indiquer la date de pose grâce au paramètre date)Considérez le contenu de cet article avec précaution. Discutez-en ou améliorez-le !
Le confucianisme est également arrivé très tôt, approximativement autour du IVe siècle. Ce mouvement n'est pas au départ une religion pour les Coréens, mais une philosophie. Confucius (공자) fait figure de philosophe. Cependant, petit à petit le confucianisme et le bouddhisme s'imposent dans le royaume ; si le confucianisme devient même religion officielle à partir du XIVe siècle53, très peu de monde aujourd'hui s'en revendique.
Deux exemples pratiques appliquées à la philosophie coréenne sont le Han Mu Do (littéralement, « la voie des arts martiaux coréens ») ainsi que le Viet vo dao (Việt : le peuple vietnamien ; Võ : l'art martial ; Đạo : la voie).
La philosophie africaine
Article détaillé : Philosophie africaine.S'il faut dire que l'expression a posé un problème du même acabit que celui constaté avec l'expression « philosophie chinoise », il faut reconnaître que le débat sur la philosophie africaine a beaucoup évolué ces dernières décennies. Le terme de « philosophie africaine » est donc utilisé de différentes manières par différents philosophes. Bien qu'une majorité de philosophes africains étudient dans des domaines tels que la métaphysique, l'épistémologie, la morale et la philosophie politique, une question qui accapare nombre d'entre eux se situe sur la nature de la philosophie africaine elle-même. Un des points centraux du désaccord est sur le terme « africain » : désigne-t-il le contenu de la philosophie ou l'identité des philosophes ? La philosophie africaine puise à la fois dans l'héritage traditionnelle du continent, notamment dans l'enseignement de l'Égypte pharaonique, et dans l’héritage de la philosophie occidentale.
Notes et références
- Dictionnaire Larousse, Paris 1990
- Gilles Deleuze, Qu'est-ce que la philosophie ?, Introduction.
- R. Bödéus, "philosophía", in (dir.) JACOB, André, Encyclopédie philosophique universelle, vol. 2 : Les notions philosophiqe, tome 2, Paris, PUF.
- ALQUIÉ,F., Signification de la philosophie, Paris, 1971.
- Héraclide du Pont, fragment 88.
- Monique Dixsaut, Le naturel philosophe. Essai sur les dialogues de Platon, p. 9.
- Platon, La République, II, 376b.
- Le sage est celui qui possède la sagesse, l'ami est celui qui la désire. Platon écrit dans le Phèdre (278d) que, pour parler proprement, seul un dieu possède la sagesse.
- Sur l'opposition entre philosophie continentale et analytique voir un texte de Pascal Engel : « petits déjeuners continentaux et goûters analytiques » (Archive • Wikiwix • Que faire ?)
- Respectivement dans la Méthodologie de la Critique de la raison pure et dans le Tractatus logico-philosophicus
- Ceci n'empêche naturellement pas la philosophie de faire usage de connaissances et résultats établis grâce à l'expérimentation. Ceci est vraie tout particulièrement de la philosophie de l'esprit. Il n'empêche que, parmi les représentants de ce courant, aucun n'effectue lui-même des expérimentations. En outre, si on compare l'importance de l'expérimentation pour la physique et pour la philosophie par exemple, on voit qu'on ne peut pas faire de la philosophie une discipline expérimentale.
- Sur la logique de Leibniz voir l'ouvrage classique de Louis Couturat, La logique de Leibniz, réed. Olms, 1969
- Voir le Lachès ou le Protagoras par exemples.
- Voir la première Méditations métaphysiques
- Sur la conception de la philosophie comme création, voir Gilles Deleuze, Pourparlers, 1972-1990, Ed. de Minuit, 1990, p. 168)
- Dès l'Antiquité : voir le cinquième livre de l'Éthique à Nicomaque d'Aristote et à la célèbre distinction entre les différents sens du mot justice
- Pour des textes qui livrent des définitions classiques de la philosophie par des philosophes, voir entre autres : Le Banquet et l'Apologie de Socrate de Platon ; le dixième livre de l'Éthique à Nicomaque ; De la constance du sage de Sénèque ; le cinquième livre de l'Éthique de Spinoza
- Dialectique de la raison d'Adorno et Max Horkheimer et la Généalogie de la morale de Nietzsche
- Voir sur ce sujet Pierre Hadot, Qu'est-ce que la philosophie ?
- De la brièveté de l'âme de Sénèque, le Manuel d'Épictète, les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle
- Voir la correspondance avec Élisabeth et le Livre IV du Discours de la Méthode
- Voir les Livres IV et V de l'Éthique
- E. Brehier, La philosophie de Plotin, p.121, Éd. Vrin, ISBN : 978-2-7116-8024-5
- Une très bonne analyse des conditions et des intentions de ces traductions se trouvent dans l'ouvrage de Dimitri Gutas, Greek Thought, Arabic Culture, Routledge, 1998. Traduction française : Pensée grecque, culture arabe. Aubier, 2005. ISBN 9782700734157.
- Tel Voltaire avec Frédéric II ou Diderot avec Catherine la Grande
- Voir le Prince
- Voir le Capital
- Voir Théorie et pratique du Bolchévisme de Russell par exemple
- Sur cette période voir : Histoire de la philosophie d'Émile Bréhier, Qu'est-ce que la philosophie antique de Pierre Hadot
- Clémence Ramnoux, Les Présocratiques, p.445, in Histoire de la philosophie publié par Brice Parain, Paris, 1969, (ISBN 978-2-07-040777-4)
- La République, Livre VI et VII
- Cette question reste en tout cas très discutée. Cf. José Kany-Turpin, introduction à sa traduction du De la nature de Lucrèce, 1993, édition de poche revue, 1998, Garnier-Flammarion (p. 15-18).
- Porphyre de Tyr, La Vie de Plotin III, Éd. Belles Lettres : « Il arriva à posséder si bien la philosophie, qu’il tâcha de prendre une connaissance directe de celle qui se pratique chez les Perses, et de celle qui est en honneur chez les Indiens. »
- Voir pour plus de détail, ce site [archive]
- Sur cette période voir les ouvrages d'Étienne Gilson: La philosophie au Moyen Âge, 2 volumes, Paris, 1922.
- C'est ce que des commentateurs comme Marie-Dominique Chenu appellent la renaissance du Moyen Âge (voir Introduction à l'étude de saint Thomas d'Aquin)
- Voir ce site pour de plus amples informations [archive]
- Sur cette période voir Pascal Engel, La dispute, une introduction à la philosophie analytique, Paris, Minuit, 1997, Scott Soames, Philosophical Analysis in the Twentieth Century, Volume 1 : The Dawn of Analysis, Princeton, 2003 et Philosophical Analysis in the Twentieth Century, Volume 2 : The Age of Meaning, Princeton, 2003
- Voir sur sujet Levinas, Théorie de l'intuition dans la phénoménologie de Husserl, Paris, 1930
- Paul-Laurent Assoun, Freud, la philosophie et les philosophes, Paris, PUF, 1976, p. 6.
- Les mots et les choses
- De la grammatologie
- Tels Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, traduits en trois volumes ; Carl Schmitt, La dictature, Seuil, Paris, 2000 (trad. par Mira Köller et Dominique Séglard) ; Raymond Aron, Démocratie et totalitarisme, éd. Gallimard, 1965.
- Sur la philosophie indienne voir Surendranath N. Dasgupta: A History of Indian Philosophy (cinq volumes), Cambridge, 1922 et A.K. Warder: Outline of Indian Philosophy, Delhi: Motilal Banarsidass, 1971. (ISBN 978-0-89581-372-5)
- Essai sur la philosophie des hindous. Henry Thomas Colebrooke, Guillaume Pauthier. Éd. Firmin Didot, Paris, 1834, pages 1 et 2
- The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
- Indian philosophy: an introduction to Hindu and Buddhist thought. Richard King. Éd. Edinburgh University Press, 1999, page 62. (ISBN 9780748609543)
- Voir : L'Inde Classique, volume III de Louis Renou et Jean Filliozat, réimpression de l'École française d'Extrême-Orient, Paris, 1996
- Sur le bouddhisme voir : Samuel Bercholz et Sherab Chödzin Kohn, Pour comprendre le bouddhisme, Éd. Laffont, 1993, 428 p. (ISBN 978-2-266-07633-3) et Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Éd. Seuil, 2001, 841 p. (ISBN 978-2-02-036234-4)
- L’autre grande tradition dite du theravāda évite soigneusement toutes discussion métaphysique, ou philosophique abstraite, et se concentre sur les aspects méditationnels
- Sur le Taoïsme voir Marcel Granet, Trois études sociologiques sur la Chine, « Remarques sur le Taoïsme ancien [archive] », 1925 et La Pensée chinoise, 1934 (rééd. Albin Michel, coll. « L'Évolution de l’humanité [archive] », 1999) 1925, Henri Maspéro, Le Taoïsme et les Religions chinoises [archive], 1950, NRF (Gallimard), coll. « Bibliothèque des Histoires » (rééd. Gallimard, 1990)
- Isabelle Robinet, « Histoire du taoïsme : des origines au XIVe siècle » (Archive • Wikiwix • Que faire ?). Pour la Stanford Encyclopedia of Philosophy : « Le taoïsme est un terme-parapluie qui recouvre un ensemble de doctrines [philosophiques] qui ont en commun une orientation similaire. Le terme taoïsme est également associé à différents courants religieux naturalistes ou mystiques… Le résultat est que [c’]est un concept essentiellement malléable. La fameuse question de Creel : « Qu’est-ce que le taoïsme ? » reste toujours aussi difficile. » (Voir l'article [archive]).
- Pierre-Richard Féray, Le Viêt-Nam, collection Que sais-je ?, cinquième édition, PUF
Sources
- Anonyme, le Mahâbhârata, en particulier le passage de la Bhagavad-Gîtâ
- Anonyme, le Rig-Veda
- Anonyme, le Yi Jing
- Thomas d'Aquin, Somme théologique
- Aristote, Éthique à Nicomaque
- Aristote, La Métaphysique
- Augustin, Les Confessions
- Yvon Belaval, Histoire de la philosophie, Gallimard
- Émile Bréhier, Histoire de la philosophie, PUF, Paris, 2004, (ISBN 978-2-13-054396-1)
- Barbara Cassin, (dir.), Vocabulaire européen des philosophies - Dictionnaire des intraduisibles, Seuil-Le Robert, 2004
- François Châtelet, Histoire de la philosophie
- Confucius, Entretiens de Confucius
- Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Gallimard, coll. Idées
- René Descartes, Discours de la méthode, (1637), Gallimard, Paris, 1991 (ISBN 978-2-07-032613-6)
- René Descartes, Méditations métaphysiques, (1641), Flammarion, Paris, 1993 (ISBN 978-2-08-070328-6)
- Epictète, Manuel
- Épicure, Lettres
- G.W.F. Hegel, Phénoménologie de l'esprit
- Martin Heidegger, Être et Temps, trad. Emmanuel Martineau, édition hors commerce
- Jeanne Hersch, L'étonnement philosophique, Gallimard, Paris, 1993 (ISBN 978-2-07-032784-3)
- Thomas Hobbes, Léviathan, trad. Gérard Mairet, Gallimard, Paris, 2000 (ISBN 978-2-07-075225-6)
- David Hume, Traité de la nature humaine
- Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique
- André Jacob, (dir.), Encyclopédie Philosophique Universelle, PUF, Paris, 1992-1998
- Karl Jaspers, Introduction à la philosophie
- Karl Jaspers, Les grands philosophes
- Denis Kambouchner, (dir.), Notions de philosophie
- Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, trad. Alain Renaut, Flammarion, Paris, 2001 (ISBN 978-2-08-071142-7)
- André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, Paris, 2002 (ISBN 978-2-13-053093-0)
- G.W. Leibniz, Monadologie, in Discours de métaphysique, Monadologie, dir. Michel Fichant, Gallimard, Paris, 2004 (ISBN 978-2-07-032964-9)
- Lucrèce, De rerum natura
- Maurice Merleau-Ponty, Éloge de la philosophie
- Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
- Platon, Apologie de Socrate, trad. Luc Brisson, Flammarion, Paris, 1999 (ISBN 978-2-08-070848-9)
- Platon, La République, trad. George Leroux, Flammarion, Paris, 2002 (ISBN 978-2-08-070653-9)
- Plotin, Les Ennéades
- WVO. Quine, Le mot et la chose
- Fred Poché, Penser avec Arendt et Lévinas. Du mal politique au respect de l'autre, Lyon, Chronique sociale, 3ème édition :2009.
- Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat Social, LGF - Livre de poche, 1996 (ISBN 978-2-253-06725-2)
- Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme,
- Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation
- Baruch Spinoza, Éthique
- Wittgenstein, Ludwig, Tractatus logico-philosophicus, trad. Gilles-Gaston Granger, Gallimard, Paris, 2001, (ISBN 978-2-07-075864-7)
- Alain, Éléments de philosophie, Gallimard, "Folio essais", 384 pages, 1916 (ISBN 9782070326129)
- Michel Onfray, Antimanuel de philosophie, Bréal, 334 pages, 2001 (ISBN 978-2842917418)
- Répertoires de sources philosophiques antiques :
Pour aller plus loin
Annexes
Articles connexes
- Aristote
- Critiques de la philosophie
- Liste d'ouvrages de philosophie
- Pensée
- Liste des principaux philosophes
- Philosopher
- Raison
- Platon
- Socrate
Liens externes
- Société française de philosophie
- Site du Centre d'Études en Rhétorique, Philosophie et Histoire des Idées.
- Astérion, revue de philosophie et d'histoire de la pensée politique
- Nombreux auteurs classiques à télécharger sur Gallica, ainsi que des manuels :
- Charles Jourdain, Notions de philosophie ;
- Paul Janet, Traité élémentaire de philosophie ;
- Victor Cousin, Histoire générale de la philosophie.
- Histoire de la philosophie, Émile Bréhier (Version électronique).
Pédagogie
Définitions
Le mot « pédagogie » dérive du grec παιδαγωγία, de παιδός (/'paɪdɔs/), « l'enfant », et ἄγω (/'a.gɔ/), « conduire, mener, accompagner, élever ». Dans l'Antiquité, le pédagogue était un esclave qui accompagnait l'enfant à l'école, lui portait ses affaires, mais aussi lui faisait réciter ses leçons et faire ses devoirs2. « Pédagogie » est un mot remontant à 1495 d'après le dictionnaire Le Robert. L'Académie française l'admet depuis 1762.Ferdinand Buisson, qui fut inspecteur général de l'instruction publique, donne cette définition : "science de l'éducation, tant physique qu'intellectuelle et morale" (Dictionnaire de pédagogie, 1887, col. 2 238 a).
Émile Durkheim : la pédagogie est une "réflexion appliquée aussi méthodiquement que possible aux choses de l'éducation" (L'évolution pédagogique en France, Paris, PUF, 1938, p. 10). "L'éducation est l'action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale. Elle a pour objectif de susciter et de développer chez l'enfant un certain nombre d'états physiques, intellectuels et mentaux que réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieu social auquel il est particulièrement destiné" (article "Éducation", in F. Buisson, Nouveau dictionnaire de pédagogie, Paris, Hachette, 1911, p. 532. Reproduit dans "L'éducation, sa nature, son rôle", in Éducation et sociologie, PUF, coll. "Quadrige", p. 51).3 Pour É. Durkheim - et cette idée fera fortune - "la pédagogie est une théorie pratique", comme la médecine ou la politique. La pédagogie est à la fois une théorie et une pratique : une théorie ayant pour objet de réfléchir sur les systèmes et sur les procédés d'éducation, en vue d'en apprécier la valeur et, par là, d'éclairer et de diriger l'action des éducateurs.
Françoise Clerc : la pédagogie est "l'ensemble des savoirs scientifiques et pratiques, des compétences relationnelles et sociales qui sont mobilisées pour concevoir et mettre en œuvre des stratégies d'enseignement".
Franc Morandi : la pédagogie est "étude et mise en œuvre des conditions d'apprendre"4.
Quelles différences entre pédagogie et didactique ? "'Pédagogique' réfère plus à l'enfant et 'didactique' plus à l'enseignement, en raison de leurs étymologies respectives."5 D'autre part, la pédagogie est généraliste, tandis que la didactique est spécifique, elle concerne telle ou telle discipline ("didactique des mathématiques", "didactique du français langue étrangère"...) : la didactique porte sur l'enseignement d'un contenu particulier. "La didactique fait l'hypothèse que la spécificité des contenus est déterminante dans l'appropriation des connaissances, tandis que la pédagogie porte son attention sur les relations entre l'enseignant et les élèves, et entre les élèves eux-mêmes."6 Selon Marguerite Altet7,
- "L'enseignement couvre donc deux champs de pratiques :
- 1. celui de la gestion de l'information, de la structuration du savoir par l'enseignant et de leur appropriation par l'apprenant, domaine de la Didactique
- 2. celui du traitement et de la transformation de l'Information en Savoir par la pratique relationnelle et l'action de l'enseignant en classe, par l'organisation de situations pédagogiques pour l'apprenant, c'est le domaine de la Pédagogie."
Distinctions
Dans l'histoire de la pédagogie, il faudrait distinguer méthodes, systèmes, mouvements, démarches, dispositifs, modèles, approches, pratiques...- Le contrat pédagogique est une notion introduite pour signifier que l'enseignement ne peut produire ses fruits que si il y a accord entre l'enseigné et l'enseignant sur les objectifs mêmes de la formation, les comportements attendus des enseignants et enseignés ressortant, eux, du contrat didactique8.
- les démarches pédagogiques sont des attitudes méthodologiques et progressives de pensée insistant soit sur les phases, les moments d'un travail, soit sur les formes, les aspects d'un objet de recherche, en matière d'enseignement. Par ex., l'approche ou démarche expérimentale se déroule en au moins trois phases (observation, hypothèse, contrôle)9 et se concentre sur au moins deux points (la reproduction du phénomène, la modification des variables). On peut citer les démarches comparative, déductive, historique, scientifique, transversale, complexe10, innovante, systémique11... que l'on trouve autant chez les élèves que chez les professeurs ou les pédagogues.
- les dispositifs pédagogiques 12 sont des structures administratives, des agencements au sein du système éducatif, en lieux, personnels, finances, règlements, matériels. Comme exemples, on peut citer les ZEP (1981), l'organisation de l'école primaire en trois cycles (loi Lionel Jospin, 1989), "le socle commun des connaissances" (Gilles de Robien, 2006), les stages de remise à niveau (Xavier Darcos, 2008), la prévention du piratage informatique (Christine Albanel, 2009), le dispositif d'évaluation des acquis des élèves en C.E.1 et C.M.2 (2009).
- les doctrines pédagogiques13,14 sont de grands ensembles théoriques, complexes, mêlant théories et procédures. Ce sont des philosophies, des visions du monde, des idéologies. Elles supposent, clairement identifiées, une psychologie de l'enfant, une philosophie de l'éducation, une sociologie de l'institution scolaire ou universitaire. Les principes comptent. Dès La République de Platon on trouve des doctrines. On peut considérer comme "doctrines pédagogiques" la pédagogie traditionnelle, la pédagogie négative (Jean-Jacques Rousseau)15 ou non directive (Carl Rogers, 1969)16, la pédagogie soviétique (A. Makarenko, 1917), l'Éducation nouvelle (dont Freinet), la pédagogie Steiner-Waldorf.
- les méthodes pédagogiques consistent en règles et en procédés pour mettre en œuvre un enseignement du maître ou un apprentissage de l'élève, de façon théorique ou pratique17. On s'en sert pour gérer, expliquer, découvrir, évaluer. Les réalisations comptent plus que les principes. En ce sens, la maïeutique de Socrate (dite "méthode interrogative"), la pédagogie de projet (project-based learning), la pédagogie de contrat, la pédagogie différenciée18, l'enseignement programmé (Skinner, 1958), la pédagogie par objectifs, la pédagogie par situation-problème (problem-based learning), l'enseignement assisté par ordinateur19 sont des méthodes pédagogiques.
- les modèles pédagogiques 20 sont des types, des références, des idéaux, des principes utilisés dans l'acte pédagogique, plutôt que des professeurs idéalisés ou des recettes d'enseignement toutes faites, prêtes à être utilisées21. Marcel Lesne (1977) cite : transmission, incitation, appropriation. Jean-Pierre Astolfi (1992)22 : empreinte, conditionnement, construction. Franc Morandi (1997) : tradition, pédagogies actives, maîtrise, différenciation, autonomisation. Selon Labédie et Amossé : transmission (pédagogie traditionnelle), stimulus-réponse (pédagogie béhavioriste), construction (pédagogie active), socio-construction, métacognition23.
- les mouvements pédagogiques sont des "organisations militantes, inspirées par une idéologie éducative novatrice, regroupant des enseignants mus par le même idéal"24. Ex. : le Groupe français d'éducation nouvelle (1921, Paul Langevin et Henri Wallon)25, l'Institut coopératif pour l'école moderne (1948, inspiré de Freinet).
- les notions pédagogiques 26 sont des concepts, idées, représentations, des objets abstraits de connaissance. Exemples : apprentissage, auto-formation, compétence, écriture, éducabilité, entraînement, imitation, métacognition27, règlement intérieur, rythmes scolaires. Organisées, les notions forment des théories.
- les pratiques pédagogiques 28 concernent les activités volontaires à but éducatif. Elles couvrent un champ très large : les consignes, les tâches et les activités, les interactions, les rituels et routines, les notations et évaluations, les stimulations, les supports d'activité (comme l'usage de l'ardoise, le recours à l'ordinateur, l'utilisation de la voix)...
- les styles pédagogiques (ou profils) sont les attitudes du maître qui enseigne. Jerome Bruner, le premier (en 1956), y a prêté attention, chez l'élève29. Il y a les pédagogies formelles (structurées) ou informelles (souples), directives (autoritaires) ou non directives (démocratiques ou permissives)... On distingue habituellement les styles transmissif (le maître dispense des savoirs), appropriatif (le maître aide l'élève à construire son savoir), modélisant (l'élève reproduit ou imite un modèle, ou bien il élabore une représentation formelle). Marguerite Altet distingue ces "styles didactiques" : expositif (information, organisation, gestion), interrogatif (interrogation, évaluation), incitatif (stimulation), animateur (guidance), guide (guidance, régulation), mixte-flexible30. Aux styles d'enseignement des maîtres sont parallèles les styles d'apprentissage des élèves : visuel ou auditif ou kinesthésique, réfléchi ou impulsif...
- les théories pédagogiques 31 forment chacune un ensemble cohérent de notions. Une théorie pédagogique est supposée expliquer ce qu'est l'éducation, l'apprentissage, l'instruction, l'élève, l'enseignant, le savoir scolaire. Par exemple, la théorie constructiviste de Piaget32 avance de nombreuses notions : stade, assimilation, accommodation, invariance des quantités physiques... (mais Piaget refuse d'être pris pour un pédagogue, il est psychologue). Parmi les théories pédagogiques on trouve : le traditionalisme (Étienne Gilson, 1954 ; Alain Finkielkraut, 1988), le marxisme soviétique (A. Makarenko, 1917), le béhaviorisme (John B. Watson, 1925), le constructivisme (J. Piaget, 1923), le socio-constructivisme (L. Vygotski, 1934), le spiritualisme (Abraham Maslow, Krishnamurti), la théorie de la reproduction de Pierre Bourdieu (1970)33, le cognitivisme (Robert Mills Gagné, 1976)34 35... Une théorie combine des notions, et si des théories se combinent elles forment une doctrine. Mais, en réalité, les choses sont moins nettes.
Histoire de la pédagogie
Préalablement, il faut rappeler que les normes pédagogiques sont ancrées dans l'histoire et donc historiquement situées. Chaque époque secrète des débats sur ce qu'il faut enseigner (valeurs, connaissances...) et comment les enseigner 36.Les précurseurs
L'humanisme de la Renaissance voit naître quelques précurseurs de la pédagogie.En territoire germanique, Martin Luther est un initiateur fondamental de l'enseignement moderne : ses motivations puisent leur source au cœur même de sa théologie, mais aussi dans le contexte religieux, économique et social de son temps. Le Réformateur implique l'ensemble du tissu social dans cette mission éducative37.
En France Rabelais propose un idéal du dépassement de soi. Il décrit à la fin de Gargantua (1534) une abbaye utopique, l'abbaye de Thélème. Rabelais, moine de son état, connaît bien la vie monacale, et dans la description de cette abbaye fictive il expose son idée d'une abbaye humaniste où de beaux jeunes gens, des deux sexes, viendraient étudier dans un cadre de vie idéal. L'accent est alors mis sur l'aspect moral, plutôt que religieux. On réaffirme l'importance de l'éducation physique.
À la même époque (1547), Ignace de Loyola donne à l'ordre qu'il fonde une vocation d'enseignement sur la base du nouveau programme d'enseignement, le Ratio Studiorum. Les collèges qui seront ouverts par les Jésuites en Italie, en France (collège de Clermont à Paris, collège de La Flèche, où Descartes fera ses études, collège de Mauriac et de Billom en Auvergne, etc..), puis progressivement dans toute l'Europe, seront le modèle de l'enseignement secondaire des lycées du XIXe siècle38.
Pour le tchèque Comenius, la pédagogie doit être utile et pour tous39.
Au XVIIe siècle, Jean-Baptiste de La Salle fonde un ordre laïc pour enseigner gratuitement dans les écoles de village. Il rédige pour les maîtres un traité de civilité à l'usage des enfants des deux sexes, et un programme d'études, la Conduite des écoles chrétiennes, qui servira de base à l'organisation de l'enseignement primaire jusqu'au début du XXe siècle.
Au XVIIIe siècle, on revient contre l'enfermement. On veut former les jeunes au monde contemporain.
La doctrine pédagogique de Jean-Jacques Rousseau
En 1762, Rousseau écrit Émile ou De l'éducation. Le sujet en est « l'art de former les hommes » (préface). Rousseau énonce dans cette œuvre son principe : l'enfant naît bon et c'est la société qui le corrompt. Selon lui, il est nécessaire que l'enfant ait envie d'apprendre et qu'il ait connaissance d'un métier manuel, chose très rare chez les nobles de cette époque. L'ouvrage est condamné par le Parlement, en particulier à cause de la "Profession de foi du vicaire savoyard". Ce programme pédagogique idéal offre une vision novatrice de l'enfance.En Suisse, Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827) s'inspire de ces théories pour fonder son école. Il souhaite aider l'enfant dans la vie réelle, mais en la différenciant suivant les classes sociales. Pour lui, la famille est le meilleur milieu éducatif40.
XIXe siècle
En Allemagne : Paul Natorp et Georg Kerschensteiner. Chaque individu doit se former à une fonction déterminée. La communauté doit développer la solidarité, l'instruction civique le respect de l'autorité, et le sentiment patriotique.En Angleterre : Robert Owen. Le choix des professeurs se fait sur leur capacité à éveiller la curiosité des enfants, leur patience, leur amour de l'enfant41.
XXe siècle
Au XXe siècle, la notion de pédagogie change. La pédagogie devient une pratique, un ensemble de méthodes. Les pédagogues s'efforcent d'utiliser des éléments de psychologie, c'est notamment l'éclosion du mouvement de l'Éducation nouvelle qui considère l'éducation comme un acte global de construction de la personne et non comme une simple retransmission de connaissances.
Article détaillé : Éducation nouvelle.
En Europe occidentale, on prend en compte l'enfant. En URSS, c'est la dimension sociale.Aux États-Unis, avec John Dewey, elle est pragmatique, expérimentale, volontariste et socialisante. Dewey est, dès 1900, à l'origine de l'Éducation nouvelle (pédagogie active, écoute des besoins de l'enfant, projet, apprendre en faisant...).
La médecine vient aider la pédagogie. Médecin elle-même, Maria Montessori, à Rome, 1907, avec sa Casei dei bambini, crée la méthode portant son nom pour influencer la psychologie sensori-motrice des écoles maternelles.
En France, dès 1918, Adolphe Ferrière, Célestin Freinet, en Belgique Ovide Decroly, instaurent l'Éducation nouvelle, inspirée de John Dewey, où l'enfant est actif, social. L'inspecteur Roger Cousinet propose "une méthode de travail libre par groupes" (1943), effectif : observations, collections, travaux manuels, classement des connaissances acquises ; il cherche à établir un climat de confiance et de compréhension réciproque42.
De nos jours, le sens de pédagogie renvoie davantage à la manière dont va se faire la formation d'un enfant qu'au contenu proprement dit de cette formation. Il s'agit tantôt des processus mis en œuvre dans l'acquisition de connaissances, tantôt de l'attitude et de l'action du pédagogue, de celui qui accompagne. C'est à partir de ces conceptions que se comprennent et se classent les différents courants de pédagogies. En ce sens, il s'agit des techniques mises en œuvre dans une action formative ou d'enseignement. Le mot technique englobant ici l'usage que le pédagogue fait de son premier outil : lui-même.
À partir de là, les principales voies qui s'ouvrent à l'élaboration d'une pédagogie sont de distinguer les savoirs instruits à un élève des savoirs construits par une personne. Les savoirs instruits sont reliés à la notion d'enseignement, alors que les savoirs construits font appel à l'autonomie de l'enfant. En ce sens, la pédagogie n'est pas uniquement l'œuvre de l'enseignant. Elle serait plutôt l'ensemble des moyens – consciemment mis en œuvre ou non – de la communauté éducative - les co-éducateurs. Ainsi, la famille, l'école, les centres de loisirs, les clubs, sont autant de sphères où l'enfant fréquente des « pédagogues ». C'est le débat qu'a lancé l'équipe des « Carrefours de l'éducation », à Perpignan, en octobre 2003.
Différentes doctrines ou méthodes pédagogiques (en Occident)
À la limite, chaque pédagogue a sa pédagogie. Mais, selon Marguerite Altet, on classe habituellement les diverses pédagogies en trois ou quatre types43, avec toujours les mêmes cinq éléments : l'apprenant, l'enseignant, le savoir, la communication, la situation, le tout ordonné vers une finalité (instruire ou éduquer, former... du côté du maître ; apprendre ou se socialiser, s'épanouir, s'autonomiser... du côté de l'élève).- 1. les pédagogies traditionnelles. Elles sont centrées sur les savoirs constitués à transmettre et sur le maître (magistro-centrisme), qui enseigne. Elles fonctionnent à la transmission de contenus déjà structurés ou à l'empreinte, assimilation passive. On attend de l'élève "réponses, performances, savoirs". On a là les diverses pédagogies défendues par les congrégations religieuses (les jésuites, etc.) et les pédagogues transmissifs (Comenius, Alain44, etc.).
- 2. les pédagogies actives. Elles sont centrées sur l'élève comme enfant (puéro-centrisme), un élève qui "construit" son savoir, s'approprie personnellement les connaissances et les procédures. C'est le mouvement pédagogique de l'Éducation nouvelle, avec la pédagogie fonctionnelle de John Dewey (1897)45, l'école nouvelle d'Adolphe Ferrière (1899)46, l'école nouvelle d'Ovide Decroly (1921)47, la pédagogie coopérative de Célestin Freinet (1924), la pédagogie de la liberté de Roger Cousinet (1959)48.
- 3. les pédagogies technologiques. Elles sont centrées sur l'élève en tant qu'apprenant et sur les moyens techniques, opératoires, d'acquérir effectivement des savoir, savoir-faire, savoir-être (techno-centrisme), en temps voulu. Il s'agit de rendre l'élève actif en lui proposant un savoir programmé à découvrir ou à reconstruire. On obtient la pédagogie par objectifs (1935) qui articule objectif-méthode-évaluation-objectif dans une optique de rationalisation et d'efficacité. On trouve également l'enseignement programmé de B. F. Skinner (1958) à bases de récompenses, de "conditionnement opérant".
- 4. les pédagogies socialisées. Elles sont centrées sur un enfant membre de la communauté sociale et sujet social (socio-centrisme). Elles entendent former un homme social, éduquer socialement. Ici figurent la pédagogie marxiste de A. Makarenko (1917), la pédagogie institutionnelle de Fernand Oury (1963)49, la "pédagogie progressiste" de G. Snyders (1976)50.
Pédagogie traditionnelle (1657)
Article détaillé : pédagogie traditionnelle.
« Comenius (en tchèque Jan Komensky) passe pour être le fondateur, le 'père' de la pédagogie de la modernité51. » Il composa sa Didactica Magna (Grande Didactique) entre 1628-1632, avec une édition complète en 165739.
Il promet « un art universel de tout enseigner à tous ». Il avance
diverses recommandations : enseigner dès le plus jeune âge, procéder
« du général au particulier et du facile au plus difficile », « placer
toute chose sous les sens, en faire apparaître l'utilité immédiate,
suivre toujours la même méthode », « régler son enseignement sur les
capacités des élèves », agir sur « le savoir », « le faire » et « le
parler », rédiger des manuels correspondant aux matières enseignées dans
chaque classe, n'enseigner que deux heures le matin (science ou art
privilégié) et deux l'après-midi (histoire, puis exercices de style et
de diction, travaux manuels) (le reste du temps : exercices physiques,
travaux domestiques, préparation des devoirs), sanctionner par des
examens publics...La pédagogie traditionnelle est celle du modèle transmissif. Sur le triangle pédagogique de Jean Houssaye elle se situe du côté du savoir, elle privilégie ainsi la démarche didactique de l'enseignant.
Le terme de pédagogie traditionnelle est employé par ceux qui souhaitent s'en démarquer. On oppose alors la pédagogie traditionnelle à l'Éducation nouvelle ou moderne.
La pédagogie traditionnelle est celle du savoir, du modèle, de l'autorité, de l'effort, de l'individualisme et de la sanction.
Pédagogie négative (1762) et libertaire (1919)
"L'éducation négative" est prônée par Jean-Jacques Rousseau52 dans son roman pédagogique L'Émile (1762)53. 1) Rousseau recommande de laisser « agir la nature » (p. 179, 158), il est pour le développement spontané (contre les influences sociales). 2) L'enfant doit découvrir que les objets de la nature obéissent à la nécessité, c'est l'éducation par les choses (plutôt que par les livres). 3) Il faut privilégier le développement des sens (avant celui de la raison) (p. 207, 816) et ne pas hâter les initiations (p. 271, 889). 4) Dans cette éducation, il y a absence de punitions (à remplacer par des sanctions naturelles). Si Émile casse un carreau de la fenêtre de sa chambre, on ne le gronde pas, il aura froid ! 5) Rousseau admet une certaine permissivité et oisivité : « gouverner sans préceptes et tout faire en ne faisant rien » (p. 198). 6) Surtout, l'éducation négative assure la protection contre le vice plutôt que l'instruction.- "Je ne redirai jamais assez que la bonne éducation doit être négative. Empêchez les vices de naître, vous aurez fait pour la vertu"54.
En 1919 commence en Allemagne l'expérience des écoles libertaires de Hambourg, dans le quartier d'Altona : le directeur, Heinrich Siemss, recommande l'abolition du rapport autoritaire entre maître et élève, le dessin libre, la facilité pour sortir de l'école en "promenades scolaires", le matériel scolaire abondant et spécialisé57. Alexander Neill (1921) favorise liberté et auto-éducation58. Carl Rogers se fait le théoricien de la non-directivité (1969)16.
Pédagogie Montessori (1907)
Article détaillé : pédagogie Montessori.
La pédagogie Montessori, créée en 1907 par Maria Montessori, est une méthode d'éducation dite ouverte, par rapport aux méthodes dites fermées ou traditionnelles, telle que l'enseignement mutuel. Sa pédagogie repose sur l'observation de l'enfant qui amène l'éducateur à poser les gestes appropriés pour favoriser son apprentissage59.Pédagogie scolaire soviétique selon A. Makarenko (1917)
Anton Semionovitch Makarenko, instituteur en 1905, propose, dès 1917, une pédagogie conforme à la "nouvelle société socialiste" de l'U.R.S.S. Il fonde en 1920 une communauté de jeunes où il met en œuvre des pratiques pédagogiques ordonnées à la recréation chez l'individu de conduites sociales positives et fondées sur un principe d'éducation institutionnelle. Un moment limogé, puis réhabilité, Makarenko voit ses méthodes pédagogiques diffusées dans toute l'Union soviétique. Il est en accord avec l'idéologie collectiviste de la Révolution soviétique : formation d'un homme nouveau, primauté du collectif sur l'individu, organisation du travail productif. Il a écrit en 1935 un Poème pédagogique où il décrit l'histoire d'une colonie d'enfants criminels et vagabonds60.Pédagogie de projet (1918)
Article détaillé : pédagogie de projet.
Historiquement, la pédagogie de projet (project-based learning) remonte à William Heard Kilpatrick, en 1918, dans un article intitulé The Project Method61. Mais l'idée revient au philosophe John Dewey, vers 1900.La pédagogie de projet fait passer des apprentissages à travers la réalisation d'une production concrète.
Le projet peut être individuel (exposé, maquette) ou collectif (organisation d'une fête, voyage, spectacle). C'est une « entreprise qui permet à un collectif d'élèves de réaliser une production concrète, socialisable, en intégrant des savoirs nouveaux62. »
Pédagogie active (1918), dont Freinet (1924)
Article détaillé : pédagogie active.
La pédagogie active
a pour objectif de rendre l'apprenant acteur de ses apprentissages,
afin qu'il construise ses savoirs à travers des situations de recherche.
Pour Piaget, théoricien du constructivisme, « on ne connaît un objet qu’en agissant sur lui et en le transformant »63.La pédagogie active se réfère historiquement à Adolphe Ferrière qui, dès 1918, est parmi les premiers à utiliser l'appellation "école active". En 1921, il crée la Ligue internationale pour l'éducation nouvelle. La pédagogie active est une des bases du courant d'Éducation nouvelle.
Article détaillé : pédagogie Freinet.
Freinet,
dès 1924, est un autre acteur important de l'évolution des pratiques
pédagogiques françaises. Il institue les "promenades scolaires" (1922),
"la méthode nouvelle d'éducation populaire basée sur l'expression libre
par l'imprimerie à l'école" (1924)64,
la coopérative scolaire (1924), la correspondance inter-scolaire
(1926), la publication de textes et de dessins d'enfants (1927), le
dessin libre (1931), les fichiers auto-correctifs (1932), le tâtonnement
expérimental (1943)65,
etc. Freinet est engagé politiquement (pacifiste, marxiste, libertaire
aussi), il est membre du parti communiste (de 1926 à 1948) ; ce
militantisme a retardé sa reconnaissance officielle, venue en 1991,
quand l'État achète son école de Vence. Il écrit en 1964 dans ses
invariants pédagogiques :- "La voie normale de l’acquisition n’est nullement l’observation, l’explication et la démonstration, processus essentiel de l’École, mais le tâtonnement expérimental, démarche naturelle et universelle."
- "Les acquisitions ne se font pas comme l’on croit parfois, par l’étude des règles et des lois, mais par l’expérience. Étudier d’abord ces règles et ces lois, en français, en art, en mathématiques, en sciences, c’est placer la charrue devant les bœufs."
Pédagogie Steiner-Waldorf (1919)
Article détaillé : pédagogie Steiner-Waldorf.
École Waldorf près de Trèves (Allemagne)
Cette pédagogie est pratiquée dans les écoles Steiner, écoles privées qui comptent environ 1 000 sites dans le monde, majoritairement en Amérique du Nord et en Europe, dont environ 200 en Allemagne.
Elles sont aussi connues sous le nom d'écoles Waldorf. Ces écoles cherchent à équilibrer les matières intellectuelles avec les matières artistiques et manuelles en suivant l'évolution de l'enfant.
Pédagogie de groupe (1920)
On donne Roger Cousinet66 pour père de la pédagogie de groupe vers 1920, mais il faudrait remonter à John Dewey, vers 1900. Un Américain, Kurt Lewin, en 193967, a bien étudié la dynamique de groupe : la persuasion, les dominations et soumissions, les contagions mentales, le conformisme, la sympathie ou antipathie, l'apparition des leaders, les violences exprimées ou latentes contre le leader ou entre membres, les capacités du groupe à s'autogérer autour d'un but ou d'une tâche, les interactions multiples, les changements, la distribution des rôles; les rapports majorité/minorité, etc. Les groupes résultent soit de la division d'une classe en plusieurs sous-ensembles, soit de l'association d'élèves qui n'appartiennent pas habituellement à la même classe. Un groupe, en général, se compose de 5 ou 6 personnes, qui ont chacune une fonction particulière, complémentaire des autres personnes. Les regroupements peuvent être homogènes ou hétérogènes, aléatoires ou décidés par l'enseignant. On distingue les groupes de niveaux, de besoins, d'affinité, de compétition, etc. Les techniques de groupes d'apprentissage sont diverses68 : brain-storming (remue-méninges), panel (discussion), Phillips 6.6. (six personnes, six minutes), intergroupes (nouveaux regroupements des membres des équipes précédentes)...Pédagogie socio-constructiviste (1934) et de la motivation
Le socio-constructivisme repose sur l'idée selon laquelle l'acquisition de connaissances durables est favorisée par la prise en compte du champ social dans laquelle elle est située. Cette théorie a été développée par Lev Vygotski en 193469. Il s'appuyait sur le constructivisme de Piaget, élaboré dès 1923. En un autre sens, toutefois, on peut dire que Lev Vygotski, par exemple dans Pensée et langage (Chapitres 2 & 4 en particulier) propose une critique de la pensée piagétienne. Il cherche à montrer en effet que certaines acquisitions (de façon exemplaire: celle du langage) résultent du croisement de deux lignes de développement. L'une correspond bien à ce que décrit le développementalisme de Piaget: un individu s'adapte à un changement en s'accommodant à cette nouveauté (accommodation) d'une manière qui introduit des différences dans les schémas cognitifs dont il était auparavant porteur (assimilation). La seconde, elle, est de nature différente: elle consiste, selon Lev Vygotski, en l'influence positive que des individus plus âgés ou plus expérimentés (aînés, adultes, moniteurs, etc) exercent sur l'individu en cours de formation. Cette seconde voie de l'apprentissage consiste dans les effets des pressions sociales et culturelles, extérieures et, par exemple, scolaires, sur le développement individuel.La motivation à l'acquisition des connaissances est démultipliée par le fait d'avoir à gérer des relations sociales: rapports conflictuels, par exemple, dont la résolution va de pair avec la résolution du problème cognitif. Ainsi, le fait d'avoir à confronter les points de vue entre deux personnes qui partent de conceptions a priori opposées favorise l'émergence d'un processus de négociation au plan cognitif, mais aussi relationnel, et à l'issue de ce processus, les acteurs du conflit s'approprient véritablement une solution élaborée en commun. La motivation sociale apparaît, donc comme un puissant stimulant de la motivation cognitive.
Pédagogie par objectifs (1935) : P.P.O.
Historiquement, cette pédagogie a pour fondateur Ralph Tyler (1935)70,71. Tyler a été suivi par Benjamin Bloom72. S’inspirant des travaux de Ralph Tyler, il considérait que ce qui importait dans l’enseignement était non pas de comparer les résultats des étudiants mais d’aider ceux-ci à atteindre les objectifs des programmes qu’ils suivaient. Le fait d’atteindre ces objectifs était le principal. Il fallait axer le processus pédagogique sur la conception de tâches permettant de conduire l’étudiant, lentement mais sûrement, vers la réalisation des objectifs correspondant à son programme d’études. L’ouvrage de Benjamin Bloom, Apprendre pour maîtriser, est un panégyrique d’une telle conception73.Née à une époque où le taylorisme s'accompagnait d'une montée en puissance du behaviorisme, ce type de pédagogie vise avant tout à définir des objectifs de formation facilement quantifiables et observables, le but de ces objectifs étant d'adapter l'homme aux besoins et valeurs de la société, vérifiables par des comportements attendus, et non pas de chercher à élever son niveau de conscience. La pédagogie par objectifs se veut rationnellement construite et immédiatement évaluable sur des critères quantifiés. L'évaluation des résultats de l'apprenant y constitue le moyen de contrôle et de validation de la justesse des critères et moyens de la formation.
Elle permet aux partenaires en présence (formés, formateurs, et commanditaires de la formation) une vision très explicite des buts de la formation, qui peuvent être traduits sous une forme contractuelle. Cela facilite tant l'adhésion des futurs apprenants et commanditaires au contenu de la formation (le commanditaire pouvant négocier le contenu), que le rôle du formateur dans sa conception du cursus proposé. À l'inverse, elle présente des risques tels que coupure de la formation avec le contexte social de l'apprenant, élimination des valeurs humaines au profit d'un cadre dit rationnel, coupures de sens des apprentissages du fait de leur morcellement, et faible investissement intellectuel de l'apprenant dans un contexte balisé.
Initialement destiné en 1920 à enseigner aux États-Unis des gestes répétitifs simples dans des usines d'automobiles sur du travail à la chaîne, ce type de pédagogie s'est par la suite répandu en Europe, dans les années 1970, dans le cadre d'enseignement professionnel de type CAP. Dans le début des années 1980, il a gagné l'enseignement technique pour toucher à la fin de la même décennie, notamment en France et en Belgique, l'ensemble des enseignements dans des voies plus générales, dans le primaire, les collèges et lycées. Par ailleurs, après avoir un moment été remis en cause pour les actions de formation permanente, il a retrouvé une place de choix dans les actions visant le couple formation/emploi.
Robert Mager a codifié la pédagogie par objectifs : Comment définir des objectifs pédagogiques ? (1962), trad., Dunod, coll. "Psycho", 200574.
Notons également Daniel Hameline "Les objectifs pédagogiques".
Pédagogie archétypale
L'archetypal pedagogy, ou pédagogie archétypale, est une pédagogie fondée sur la psychologie analytique développée dès 1956 par Carl Gustav Jung (1875 - 1961), à partir de son recueil Psychologie et éducation75, qui groupe des articles de 1916 à 1942, et des recherches sur l'application jungienne à la pédagogie76. Ainsi peut-on situer une con-comitance entre les approches de la psychologie analytique et un intérêt pour l'éducation, chez les jungiens, dans les années 1960.La pédagogie archétypale, sous cette dénomination stricte, a été mise en théorie aux U.S.A. dans les années 2000, par Clifford Mayes, Docteur et Professeur en sciences de l'éducation à la Brigham Young University, pédagogue jungien et chercheur en sciences de l'éducation.
Ce n'est qu'en 2007 et 2009 que Clifford Mayes dans Jung And Education: Elements Of An Archetypal Pedagogy, suivant la pensée de Jung [Quoi ?] :
- « Notre problème éducatif souffre en somme de ne viser unilatéralement que l’enfant qu’il faut élever et de négliger aussi unilatéralement le fait que les éducateurs adultes n’ont pas été eux-mêmes éduqués. Après avoir terminé le cycle de ses études, chacun a l’impression d’en avoir fini avec l’éducation, d’être, en un mot, un adulte. Il ne peut certes en être autrement ; il faut qu’il soit fermement persuadé de sa compétence pour pouvoir affronter la lutte pour l’existence. Le doute et le sentiment d’incertitude le paralyseraient et l’entraveraient, ils enfouiraient la foi si nécessaire en sa propre autorité et le rendraient inapte à l’exercice de sa profession. On veut l’entendre dire qu’il connaît son affaire et qu’il en est sûr, et non qu’il doute de lui-même et de sa compétence. Le spécialiste est condamné de façon absolue à la compétence. Personne ne peut développer la « personnalité » qui n’en a pas lui-même. Et ce n’est pas l’enfant, c’est uniquement l’adulte qui peut atteindre à la personnalité comme fruit mûr d’une activité de vie orientée vers ce but. Car dans l’accès à la personnalité, il n’y a rien moins que le déploiement le meilleur possible de la totalité d’un être unique et particulier. On ne saurait prévoir le nombre infini de conditions qu’il faut remplir pour cela. Toute une vie humaine avec ses aspects biologique, social et psychique y est nécessaire. La personnalité, c’est la suprême réalisation des caractéristiques innées de l’être vivant particulier. La personnalité, c’est l’action du plus grand courage de vivre, de l’affirmation absolue de l’existant individuel et de l’adaptation la plus parfaite au donné universel avec la plus grande liberté possible de décision personnelle. Elever quelqu’un en vue de cela me semble n’être pas une petite affaire. C’est sans doute la tâche la plus haute que se soit donnée le monde moderne de l’esprit »77.
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Enseignement programmé (Skinner, 1958)
Généralisant à l'apprentissage humain les résultats de ses recherches sur la psychologie animale, B. F. Skinner 78 (1904-1990) et le néo-behaviorisme ont été amenés à édifier toute une théorie de l'apprentissage qu'ils appliquent directement à la thérapie behaviorale et à l'enseignement programmé où le terme "programme" désigne une séquence d'activités ordonnancées de façon systématique selon les principes suivants:1. Un individu apprend, c'est-à-dire modifie son comportement, en observant les conséquences de ses actes. C'est la rétroaction cybernétique.
2. Les conséquences qui renforcent la probabilité de la répétition ou de la suppression d'un acte sont appelées des renforcements.
3. Plus rapidement un renforcement fait suite au comportement recherché, plus il est probable que ce comportement se répétera.
4. Plus un renforcement est fréquent, plus il est probable que l'élève ou le patient répétera l'acte qui en est la "cause".
5. L'absence de renforcement, ou même son éloignement dans le temps, diminue la probabilité qu'un acte se reproduise.
6. Le renforcement intermittent d'un acte allonge la période pendant laquelle l'élève ou le patient poursuivra une tâche sans autre renforcement.
7. Le comportement d'apprentissage d'un élève ou d'un patient peut être “développé” ou “structuré” graduellement par un renforcement “différenciel” , c'est-à-dire en renforçant les comportements que l'on désire voir se répéter, et ne renforçant pas les actions que l'on veut éviter ou encore en les renforçant de façon négative par des réprimandes ou d'autres punitions.
8. En plus du fait qu'il rend plus probable la répétition d'un acte, le renforcement produit des effets motivants.
9. Le comportement d'un élève ou d'un patient peut être amené jusqu'à un grand degré de complexité, en structurant son comportement en actes simples, puis en groupant ces derniers en une longue chaîne.
Ce dernier conduit à identifier et à définir le comportement recherché à installer chez l'élève ou le patient et à le lui rendre désirable. C'est la "motivation" dans son expression la plus simple. Ce comportement recherché est fractionné ou “analysé” en fragments de plus en plus menus et de plus en plus simples avec leurs relations qui ne sont pas toujours évidentes pour l'élève ou le patient, car la progression dans les acquisitions va du plus simple au plus complexe79. Un enseignement programmé ou une thérapie behaviorale présente la matière à apprendre ou le comportement recherché en fragments menus de difficulté progressivement échelonnée de telle sorte que le comportement que l'on veut installer soit acquis avec la même sûreté qu'une réponse obtenue par le dressage ("shaping") chez l'animal. L'écart entre les fragments successifs ne doit pas être laissé au hasard, quant à la difficulté, car, trop grand ou trop court, il compromettra l'apprentissage.
À travers, donc, la notion d'apprentissage, en tant que processus de changement de comportement, on passe aux applications pédagogiques et thérapeutiques. Les premières sont formatrices et les secondes sont correctrices pour des prétendus "troubles de comportement" et autres "retards scolaires" sans autre souci pour le rapport avec la "normalité", le contexte social et culturel qui donne sens en tant qu'orientation, pertinence et signification80.
Au niveau de la technicité, les procédures de l'enseignement programmé et de la thérapie behaviorale ne sont pas sans intérêt. Elles ont donné des résultats probants et d'une efficacité indiscutable, mais les théories qui les fondent souffrent de limitations graves dans l'élémentarisme du court terme et de l'individu en contraste au globalisme de la longue échéance et du milieu de vie. Que l'on songe aux horribles méfaits de la suppression behaviorale de l'énurésie nocturne où la solution est source de problèmes beaucoup plus graves de sentiment d'insécurité, d'anxiété et d'angoisse et de la solution behaviorale à l'anorexie qui ne fait que déplacer le moyen d'action sur l'entourage et le moyen d'auto-destruction sans s'attaquer aux problèmes de la relation de soi à soi et de celle avec l'entourage qui sont à la source. Il est de même des succès de l'enseignement programmé qui a fait le choix de remplir des cruches vides plutôt que d'allumer des lanternes en transformant des illettrés en analphabètes! L’approche écosystémique est l’antidote de cet élémentarisme81.
- Maurice de Montmollin, "L'enseignement programmé", PUF, coll. "Que sais-je?", Paris, 1965. Principes, techniques de programmation, machines à enseigner et applications.
Pédagogie documentaire (1958)
Article détaillé : Pédagogie documentaire.
La pédagogie du « construire sa connaissance par les documents » vise
plusieurs objectifs. Tout d’abord la pédagogie documentaire signifie
l’autonomie de l’élève. En effet, l’élève n’attend pas qu’on lui délivre
un savoir, il va lui-même se l’approprier en cherchant l’information
dans des documents, et en la restituant selon ses attentes, ses besoins.
La pédagogie documentaire vise également le développement de l’esprit
critique de l’élève car apprendre avec des documents, c’est apprendre à
valider l’information, apprendre à reconnaître la pertinence d’un
document par rapport à une manne documentaire accrue avec le
développement des technologies de l’information et de la communication.
Enfin la pédagogie documentaire a pour objectif immédiat l’utilisation
des outils d’un centre de ressources par l’élève, puisqu’avant de
pouvoir apprendre avec des documents, il faut au préalable maîtriser les
outils de recherche, par exemple le logiciel documentaire d’un
établissement scolaire, ou un moteur de recherche sur internet. La
pédagogie documentaire vise ainsi l’acquisition d’une méthode de
recherche documentaire.Pédagogie explicite (1960)
Article détaillé : Pédagogie explicite.
Les premières formalisations de la pédagogie explicite sont posées
par S. Engelmann en 1960 à travers le Direct Instruction ; à partir de
1968 (et ce jusqu'en 1995), démarre aux États-Unis le projet Follow Through
qui constitue une étude comparative de grande ampleur de neuf méthodes
pédagogiques ; ce programme de recherche a montré que le Direct
Instruction dépasse en efficacité les huit autres méthodes sur les trois
points évalués : connaissances de base acquises, savoir-faire, estime
de soi. En 1976, B. Rosenshine (professeur et chercheur en psychologie
cognitive) décrit la pédagogie explicite. Les pratiques de la pédagogie
explicite continuent d'être étudiées et évaluées par l'équipe de C.
Gauthier (Université Laval, Québec). In fine,
les principes de la pédagogie explicite découlent d'observations
empiriques et d'études scientifiques issues d'études longitudinales et
de méta-analyses de grande ampleur.Les procédés utilisés dans le cadre d'une pédagogie explicite permettent en premier lieu de mettre le savoir au centre du dispositif de transmission des connaissances et des savoir-faire82 ; en d'autres termes, ces procédés ne conduisent pas à mettre l'enfant au centre du dispositif, comme c'est le cas dans les pédagogies constructivistes ; ni à mettre l'enseignant au centre, comme c'est généralement le cas dans les pédagogies traditionnelles.
En second lieu, la pédagogie explicite préconise la mise en œuvre de progressions précises et rigoureuses, qui partent toujours des notions les plus simples en allant vers les plus complexes.
En troisième lieu, cette pédagogie met en place une structure de leçons identiques, qui part d'un rappel des acquis, d'une courte phase de présentation de la notion et des objectifs attendus en fin de séance, suivie par un moment de pratique guidée, puis d'un temps de pratique autonome, enfin d'un bilan et d'un rappel des acquis ; par la suite, des révisions régulières et des évaluations viennent clore ce processus et permettent un maintien en mémoire sur le long terme83. Enfin, l'objectif des leçons est de permettre la compréhension des notions abordées : au sein de la pédagogie explicite, la compréhension est considérée comme étant l'intégration de nouvelles connaissances et leur mise en réseau avec celles déjà en mémoire à long terme afin qu'elles soient disponibles à tout moment.
Pédagogie PNL
Un exemple de stratégie mentale étudiée par la Programmation Neuro-Linguistique : la stratégie de mémorisation d'une leçon.
Article détaillé : Pédagogie PNL.
La Programmation Neuro-Linguistique
(PNL) cherche à modéliser les compétences cognitives et relationnelles
de gens de talent pour les transmettre à d'autres. Dans le domaine de la
pédagogie, les intervenants en PNL ont observé des élèves brillants
dans leur manière de procéder mentalement pour réaliser des tâches
scolaires. Ils ont réalisé que ceux-ci, face à une même tâche scolaire,
réalisaient les mêmes opérations mentales. Par exemple pour la
mémorisation de l'orthographe, visualiser le mot (c'est le « visuel
remémoré ») puis le ressentir comme juste (« contrôle kinesthésique »)
est un exemple de stratégie plus efficace que celle d'épeler
auditivement84. Les PNListes ont décodé cinq stratégies (outils mentaux) chez ces apprenants : comprendre, mémoriser, réfléchir, prononcer et transférer85.La spécificité de la pédagogie PNL repose sur l'expérimentation par les enfants, au travers d'exercices et de consignes très concrets, de comment apprendre à apprendre. Lorsque ces stratégies sont intégrées, les enfants sont invités à les utiliser dans toutes leurs leçons. Ces stratégies PNL d'apprentissage donnent également des indications aux enseignants sur la manière d'aborder les contenus.
Pédagogie institutionnelle (1963)
Article détaillé : pédagogie institutionnelle.
Dérivée de la pédagogie de Freinet, fondée par Fernand Oury en 1963, par dissidence, la pédagogie institutionnelle se veut politique et psychanalytique (ou psychosociologique).Pédagogie différenciée (1963)
Article détaillé : pédagogie différenciée.
La recommandation de différencier ses enseignements remonte haut,
surtout à Alexandre Carroll, "ingénieur technico-pédagogique", en 1963
aux U.S.A. Mais la terminologie et la volonté politique s'affichent en
France surtout en 1973, avec Louis Legrand, qui essaie de la faire
appliquer dans le secondaire en 1983. Il a publié La différenciation pédagogique, Paris, Scarabée, CEMEA, 1986, Les différenciations de la pédagogie, Paris, PUF, 1995.- "Le gros problème est de traiter dans un même établissement des élèves différents. On ne peut pas enseigner d'une façon commune à tous les élèves, même si on souhaite les scolariser ensemble pour leur formation civique et morale. C'est dans ce sens que l'on a travaillé sur la pédagogie différenciée, en s'inspirant beaucoup de la pédagogie de maîtrise issue des États-Unis, qui consiste, à partir de programmes identiques, à traiter les élèves en fonction de leurs besoins."86
Pédagogie par résolution de problèmes (1969) : P.R.S.
Historiquement l'apprentissage par problèmes (APP) (en anglais problem-based learning)87 est inaugurée en 1969 à la MacMaster University. Les apprenants, regroupés par équipes, travaillent ensemble à résoudre un problème généralement proposé par l'enseignant, problème pour lequel ils n'ont reçu aucune formation particulière, de façon à faire des apprentissages de contenu et à développer des compétences de résolution de problèmes. La tâche de l'équipe est habituellement d'expliquer les phénomènes sous-jacents au problème et de tenter de le résoudre dans un processus non linéaire. La démarche est guidée par l'enseignant qui joue un rôle de facilitateur ou médiateur.Pédagogie de la gestion mentale (1980)
Article détaillé : Gestion mentale .
La pédagogie de la Gestion mentale est issue des travaux d’Antoine de la Garanderie. Le parcours personnel de ce philosophe humaniste l’a convaincu que chaque enfant a en lui les moyens de sa réussite. Par un dialogue pédagogique,
le pédagogue accompagne l’enfant dans une découverte de lui-même. Il
l’interroge sur la façon dont il a fait « dans sa tête » afin de lui
permettre de prendre conscience des moyens mentaux qu’il utilise pour
réussir une tâche (évocations visuelles, auditives, part de l’espace, du
temps ou du mouvement dans les évocations, projets de sens). L’enfant
pourra ensuite réutiliser ces moyens dans les domaines où il a des
difficultés. La pédagogie de la Gestion mentale est une pédagogie de la réussite : il s’agit de transférer les moyens de la réussite sur l’échec.Pédagogie spiralaire
Article détaillé : pédagogie spiralaire .
Cette pédagogie, à l'image d'une spirale, revient sur des notions
similaires mais en approfondissant ces notions à chaque passage.Pédagogie et ordinateur
De nombreux sites d'aide aux élèves en difficultés ou handicapés se sont créés ; certains fournissent des cours particuliers, d'autres des cours sur CD-ROMListe des grands pédagogues (Occident)
- Platon (-427 à -346)
- Jean-Louis Vivès (1492-1540)
- Mathurin Cordier (1479-1564)
- les jésuites (1548)
- Jan Amos Komenský - Comenius (1592-1670)
- John Locke (1632-1704)
- Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
- Condorcet (1743-1794)
- Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827)
- Robert Owen (1771-1858)
- Friedrich Fröbel (1782-1852)
- Léon Tolstoï (1828-1910)
- Georg Kerschensteiner (1854-1932)
- Francisco Ferrer (1859-1909)
- John Dewey (1859-1952)
- Rudolf Steiner (1861-1925)
- Maria Montessori (1870-1952)
- Ovide Decroly (1871-1932)
- Paul Langevin (1872-1946)
- Édouard Claparède (1873-1940)
- Janusz Korczak (1878-1942)
- Henri Wallon (1879-1962)
- Adolphe Ferrière (1879-1960)
- Roger Cousinet (1881-1973)
- Alexander Sutherland Neill (1883-1973)
- Anton Makarenko (1888-1939)
- Célestin Freinet (1896-1966)
- Joan Puig i Elias (1898-1972)
- Carl Rogers (1902-1987)
- André de Peretti (né en 1916)
- Gaston Mialaret
- Robert Gloton (1906-1986)
- Fernand Oury (1920-1998)
- Antoine de la Garanderie (1920-2010)
- Andras Petö (1893-1961)
- Philippe Meirieu (né en 1949)
- Jean Zay (pédagogue français)
- Paul Lafargue (pédagogue français)
- Bakounine (pédagogues français)
- Emmi Pikler (1902-1984)
- Jean Bosco (1815-1888)
Notes et références
- http://www.cnrtl.fr/etymologie/p%C3%A9dagogie
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- 3. 2 | Le paradigme de l’enseignement programmé
- Edusud, ressources (page archivée par Internet Archive)
- TECHNOLOGIE ÉDUCATIVE
- L'approche systémique et la technologie de l'éducation, par Jacques Lapointe
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Voir aussi
Bibliographie
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- (en) Robert Dilts et Todd Epstein, Dynamic Learning, Meta Publications, USA Californie, 1995
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Articles connexes
- Chronobiologie
- Docimologie
- Effet Pygmalion
- Enseignement
- Ingénierie pédagogique
- Pédagogie active
- Pédagogie de projet
- Pédagogie différenciée
- Pédagogie Freinet
- Pédagogie institutionnelle
- Pédagogie Montessori
- Pédagogie Steiner-Waldorf
- Pédagogie traditionnelle
- Psychopédagogie
- Pédagogie explicite
- Profil pédagogique
- Psychologie de l'apprentissage
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- Apprentissage Collaboratif
- Coaching pédagogique
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- E-learning
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- Méthode d'apprentissage cognitif
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- La méthode des cas
- Contrat pédagogique
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Liens externes
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